QUÉBEC — Dans un parallèle ambigu avec le célèbre film Vol au dessus d’un nid de coucou de Milos Forman, l’organisme et école d’apprentissage du théâtre Entr’actes a réalisé les vendredi 8 et samedi 9 novembre, sa 5e édition d’un nid de coucou très particulier. 

La troupe composée de six acteurs déjantés emmène les spectateurs au pays des fous. Le plus souvent, ils improvisent sur des thèmes donnés, en duo mixte d’acteurs professionnels et de déficients mentaux.

Dans cette version plus personnelle, ce n’est pas Jack Nickolson qui s’introduit au cœur d’un asile, mais l’asile qui vient à vous. Les thèmes qui s’enchaînent et le côté très surprenant des personnes vivant avec une déficience intellectuelle dans leurs improvisations sont hilarants.

Des acteurs hors normes

Des actes de bravoure sportifs, des pannes de voiture, des matelots en halte provisoire dans un port perdu à la recherche de femmes et d’alcool, des promenades à dos de chameau et le marchandage du prix du pétrole avec les touaregs s’enchaînent dans une douce folie ambiante.

Les chemins sinueux que prennent ces échanges de comédie, qui n’en est parfois plus vraiment une, sont simplement stupéfiants. Tout est prétexte à mettre de l’avant les élans de ces acteurs hors normes qui, par le simple fait d’être, incarnent à la perfection des rôles sortis de nulle part.

«L’objectif principal de cette scène – improvisation, autrement dit de théâtre spontané avec des personnes vivant avec une déficience intellectuelle, est de sortir des sentiers battus et du schéma typique du développement théâtral afin de proposer quelque chose d’unique et de très typifié aux spectateurs», a expliqué Jean-François Lessard, le directeur général et artistique de l’organisme Entr’actes.  

«La scène connait un vif succès et je reçois très souvent des commentaires émerveillés sur notre travail. Je réponds toujours que c’est d’abord l’oeuvre des acteurs et des interprètes professionnels qui les accompagnent. C’est leur complémentarité qui fait ce résultat», a-t-il ajouté.

Pourtant, les objectifs premiers de Entr’actes et de ses quelques 70 comédiens n’ont rien de thérapeutique.

Il s’agit avant toute autre chose d’une forme de création complète, où marginalité et normalité deviennent des concepts bien relatifs. «Il s’agit pour nous de reconnaître les forces et les particularités de nos participants à un projet donné, afin de les mettre à profit lors du processus de création», a poursuivi le directeur artistique de l’organisme. «Composer avec des limitations fonctionnelles de tout ordre et confronter les différences, c’est s’offrir une réverbération mutuelle et une source d’inspiration artistique très métissée pour la création», a -t-il conclu.

«Communion de la différence»

«Ça fait longtemps que je n’avais pas autant ri au théâtre. Avec de tels acteurs, le jeu ne peut être que franc et les dérives du développement sont si surprenantes qu’il en devient irrésistible !», a commenté Myriam Tremblay, une spectatrice de la ville de Québec. Selon elle, «c’est chaleureux, vivant. Je n’explique pas vraiment pourquoi, mais ça fait du bien d’assister à cette forme de communion de la différence, remplie d’imperfection, mais qui trouve un chemin conséquent et très amusant».