La première pièce qui sera présentée à la Bordée pour la réouverture s'intitule : Deux hommes tout nus. (Photo crédit : Sébastien Cayer)

La réouverture des salles de spectacle et des théâtres dans la ville de Québec annoncée par le gouvernement du Québec posera un certain nombre de défis. Même s’ils se disent optimistes et prêts à accueillir des spectateurs de nouveau, les gestionnaires de salles devront composer avec la réorientation de carrière de certains comédiens et techniciens, la rentabilité des salles à capacités réduites et la fin prévue d’un soutien financier.

Autant à la Bordée qu’au Grand Théâtre de Québec, on sent un enthousiasme parmi la clientèle pour les pièces à venir. La brève ouverture au mois de septembre dernier a permis aux théâtres de valider leur protocole d’accueil sanitaire et la disposition des salles en distanciation physique. Toutefois, la réouverture prochaine après une longue période entraine un défi logistique au niveau du personnel et de la programmation. C’est le constat que fait Bruno Brochu, codirecteur du théâtre la Bordée, lorsqu’il évoque la programmation de la réouverture :

« Il y en a qui ont commencé à changer de métier, tant au niveau des artistes, des comédiens, des concepteurs et des techniciens. Notre directrice technique a commencé à faire des appels pour notre prochaine production et ce n’est pas évident de trouver des gens. » – Bruno Brochu

D’autre part, les finissants du Conservatoire d’art dramatique du Québec se retrouvent eux aussi face à une situation difficile. Les activités qui leur permettaient en temps normal de se faire remarquer, comme jouer dans diverses productions devant un parterre de professionnels du milieu, n’ont simplement pas eu lieu depuis près d’un an. Samantha Clavet, auteure et metteuse en scène, se désole de l’impact que la pandémie a eu sur les étudiants de la relève.

« Ils arrivent donc sur le marché du travail et personne ne les connait. Tout ce qui aide à l’employabilité des premières années n’est pas là et ça devient super difficile de faire sa place. Alors oui, certains vont se tourner vers d’autres domaines.» – Samantha Clavet

Un autre élément qui ajoute une couche de complexité à la planification théâtrale est le fait qu’une pièce présentée s’inscrit parfois dans une tournée, renchérit Monsieur Ermel, directeur des communications du Grand Théâtre : :

«C’est tout un défi puisque si une pièce est déplacée au Grand Théâtre dans un an, il faut que cela soit possible dans la dynamique d’une tournée par exemple à Montréal, Trois-Rivières, Drummondville etc. Donc tout le monde doit se réajuster.» – François Ermel

Un soutien financier pour les théâtres

Pour combler le manque à gagner, les théâtres reçoivent une aide financière gouvernementale via le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Celle-ci prend la forme d’une aide à la billetterie et correspond à une compensation sur le manque de revenus autonomes, c’est-à-dire la vente de billets.

«C’est avec l’aide à la billetterie que l’on peut payer nos artistes, qu’il y ait présentation en salle ou non. La compensation nous permet aussi de couvrir nos coûts de production.» – Bruno Brochu

À l’instar de l’ensemble des salles des arts de la scène, le théâtre La Bordée a dû réduire sa capacité d’accueil de spectateurs, distanciation sociale oblige. Pour la Bordée, la jauge est passée de 350 places disponibles à 142. Puisque toutes les salles de théâtres ont une réalité et une dynamique différente, le montant de l’aide reçue se calcule selon une moyenne des ventes de billets passée, explique monsieur Brochu : « La CALQ prend la meilleure de nos trois dernières années au guichet et fait une moyenne du prix du billet. Elle compense la différence entre une jauge normale et une jauge réduite en utilisant ce prix. »

Cette aide de la CALQ prendra toutefois fin le 31 mars 2021 et des mesures de prolongation éventuelles n’ont pas encore été annoncées explique Madame Makdessi.

Du théâtre dans nos écrans

Durant la période de confinement et de fermeture, certaines salles ont innové pour garder le théâtre vivant dans l’esprit des gens. Lectures, captations audios et captations vidéos sont parmi les alternatives disponibles sur certains sites internet de théâtres de Québec, dont La Bordée et le Trident. Véronika Makdessi, comédienne, a joué dans une captation vidéo présentée par le Trident. Celle qui est aussi la directrice artistique du théâtre jeunesse l’Aubergine mentionne que bien que les pièces présentées en ligne soient artistiquement intéressantes et permettent de garder un contact avec l’auditoire et certains comédiens actifs, elles ne peuvent se substituer à la synergie du théâtre présentiel.

«Nous faisons des captations de la pièce Exercices de Style qui sont très belle mais le traitement de l’écran n’est pas pareil, ce n’est pas la même expérience qu’ensemble, en salle.» – Véronika Makdessi

Pour la comédienne, le théâtre c’est l’humain et l’interaction tangible entre les comédiens et la foule, mais en attendant la réouverture, elle se considère choyée d’avoir participé à ces projets créatifs.

Les théâtres demeurent fermés jusqu’à ce que la ville de Québec repasse en zone orange.
(Crédit photo : Sébastien Cayer)