Plus de 1 800 objets s’apprêtent à retourner dans leur caisse après avoir été les vedettes de l’exposition « Rencontres au sommet » du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ). L’auteure, Raphaëlle de Groot, y est en résidence jusqu’au 27 mars pour la création d’un protocole de démontage de son œuvre, démarche à laquelle pourra assister le public.
L’œuvre en question est une imposante installation ludique composée de divers objets usagés que l’artiste s’est amusée à mettre en scène pour produire vidéos et photos. Le projet artistique a pris naissance en 2009 alors qu’il consistait en la seule collecte d’objets délaissés par leurs propriétaires. L’organisatrice invitait la communauté à se départir d’articles inutilisés qui n’avaient, pour une raison ou une autre, jamais été jetés, s’engageant à leur donner une deuxième vie.
Un fil de téléphone symbolique d’une relation père-fils, un ourson associé à un ancien amour perdu, une pancarte de manifestation à caractère dramatique : chaque objet de « Rencontres au sommet » révèle une histoire, une parcelle de vie. Sur 1 800 articles, une cinquantaine sont empruntés à des collections privées et musées, dont le MNBAQ. « Même les musées possèdent des objets un peu mis de côté, dont l’utilisation est imprécise, indique Bernard Lamarche, conservateur de l’art actuel au MNBAQ et commissaire de l’exposition. Des objets, par exemple, reçus en cadeau qu’on ne peut pas vraiment intégrer aux expositions, qu’on ne sait pas trop où placer. »
Après avoir été présentée à la Southern Alberta Art Gallery en 2014 et à la Art Gallery of Windsor en 2015, la collection est exposée une dernière fois au MNBAQ. Pour l’ultime présentation, Raphaëlle de Groot y ajoute des éléments témoignant de l’évolution du projet au fil des ans : « Il y a un mur complet d’ajouts. Elle présente des inventaires, des photos… une partie du processus qui l’a menée ici », spécifie M. Lamarche.
Poids décomplexés
En accueillant cette exposition, le MNBAQ a fait l’expérience d’une nouvelle démarche : « On devait peser tous les objets, c’est quelque chose qu’on ne fait jamais », explique M. Lamarche. Un cahier, faisant office d’inventaire, affiche le poids de chaque objet accompagné de son histoire et de sa signification pour son ancien propriétaire. « On veut montrer que leur poids n’est pas seulement physique, mais aussi sentimental », précise-t-il.
L’artiste a également voulu redonner vie aux objets en les mettant en scène, entre autres dans des montages vidéo présentés sur écrans. Les sons qui les accompagnent ont été produits avec les objets mêmes pour donner l’impression qu’ils communiquent. Dans ce même but, la disposition en estrade de l’installation cherche à imiter un sommet de hauts dirigeants qui discutent et se rencontrent pour une dernière fois.
Raphaëlle de Groot a fait une présentation au Musée le 16 mars en soirée, à l’occasion du lancement du catalogue de l’exposition. Ce livre de 176 pages, réalisé sous la direction de Bernard Lamarche, permet aux lecteurs de saisir toute la portée de son œuvre.





















