Depuis 1982, l’Îlot des Palais héberge une exposition permanente sur l’histoire de la bière à Québec. Son but? Faire connaître ce riche patrimoine culturel, si intrinsèquement lié à l’histoire de la ville. En plus de l’exposition, l’Îlot offre un Géo-Rallye depuis 2015 afin de retracer le parcours de l’industrie brassicole. Armé d’un GPS et d’un carnet-réponse, l’équipe de l’Exemplaire s’est donc prêtée au jeu et a décidé de parcourir la ville, sur les pas de ces premiers artisans brasseurs dont l’héritage peine à être connu du grand public. 

Bien que l’on pense tout de suite aux Molson, Labatt et O’Keefe de ce monde en tant que précurseurs du breuvage houblonné au Québec, peu de gens mentionneraient l’intendant Jean Talon comme premier brasseur de la province. «Talon créa la brasserie du Roy en 1668 sur les terres actuelles de l’Îlot des Palais. La toute première en Amérique du Nord», rappelle Delphine Delmas, responsable des communications pour l’Îlot des Palais et historienne de formation. L’entreprise se solda par un échec, sept ans plus tard. «À l’époque, les gens fabriquaient davantage leur propre bière et les procédés de conservation n’étaient pas encore au point pour l’exportation», poursuit Delphine Delmas. l’Îlot des Palais devint alors le Palais de l’intendant Talon suite à la fermeture de la brasserie.

Un héritage anglo-saxon

Il faut ensuite attendre jusqu’aux débuts du 19e siècle afin de revoir une éclosion de l’industrie brassicole avec l’arrivée de colons britanniques et irlandais au Québec. «L’industrie de la bière à la base est très proche de la culture britannique, ce qui n’était pas vraiment le cas avec les premiers arrivants originaire de France», explique pour sa part Iannick Francoeur, historien spécialisé dans l’histoire de la bière à Québec et consultant pour l’îlot des Palais. De nombreux brasseurs s’installèrent alors sur la rue Saint-Paul, un emplacement jugé très stratégique. « L’ingrédient principal de la bière est l’eau. Il fallait donc un accès facile à cette ressource en plus d’un accès au port, pour faciliter le transport des produits. Les rives de la rivière Saint-Charles étaient donc l’emplacement parfait», poursuit l’historien.

Le Géo-Rallye proposé par l’Îlot des Palais permet de retracer les différents établissements de la rue Saint-Paul:

Malgré la présence de nombreux brasseurs, un seul résiste aux crises économiques. J.K Boswell. Il fonde ainsi la Anchor Brewery en 1853 en rachetant une boulangerie sur les terres actuelles de l’Îlot des Palais, l’ancienne Brasserie du Roy.

Puis en 1952, la brasserie de Boswell est vendue à la Canadian Brewery Ltd., afin d’en faire un lieu de production de la bière Dow. «Cette vente a finalisé une aventure centenaire pour la bière de J.K Boswell, au plus grand chagrin des amateurs de Québec», ajoute Iannick Francoeur.

La fin d’une ère

En 1965, la bière Dow domine le marché québécois. À son apogée, près de 85% des bières consommées dans la ville de Québec étaient de marque Dow. Puis, vint l’effondrement. Le 26 mars 1966, le quotidien La Presse titrait: « Ottawa enquête sur la mort étrange d’une quinzaine de personnes». Qu’avaient toutes ces personnes en commun? Un amour de la bière Dow. La frayeur causée par ces morts subites ruine totalement la réputation de la compagnie à Québec. Afin de rassurer sa clientèle, Dow détruit 500 000 gallons de bières de sa réserve, en vain.

La cause de ces morts subites demeure encore aujourd’hui mystérieuse. En entrevue avec Radio-Canada, Le cardiologue Dr. Yves Morin, explique ces décès par cardiomyopathie inhabituelle. Le sulfate de cobalt, un émulsifiant populaire à l’époque serait en cause.

La brasserie Dow est vendue à l’industriel O’keefe en 1967.

De nos jours…

Bien que le scandale de la bière Dow marqua la fin de la production de masse à Québec, l’industrie brassicole n’est pas morte pour autant. Près de 20 ans après l’effondrement de la brasserie Boswell-Dow, le brassage revenait en force avec l’arrivée des microbrasseries dans le paysage de la ville. En 1987, Pierre Turgeon, Roger Roy et André Jean créent alors l’Inox au 37 quai Saint-André, sur les mêmes terres où brassaient autrefois les petits producteurs de bières artisanales, près de 350 ans plus tôt.

Déménagé depuis 2008 sur la Grande-Allée, l’Inox demeure un établissement marquant de l’histoire de la bière à Québec. « C’est vraiment la microbrasserie qui a ramené le brassage dans la capitale quand les brasseurs industriels avaient tous quitté vers la métropole», souligne Iannick Francoeur.

Depuis, bien que les brasseurs artisans se soient multipliés à vitesse grand V sur le territoire de la ville, seulement cinq d’entre eux concentrent toutes leurs activités sur Québec soit l’Inox, la Brasserie Générale, le Noctem, le Griendel et la barberie.

Quatre de ces cinq brasseurs se retrouvent sur cette carte interactive de la ville: