Les cryptomonnaies se popularisent à un tel point que les institutions doivent désormais se positionner sur la légalité de leur utilisation. Certains États tentent différentes stratégies pour encadrer ou restreindre ces devises qui transcendent les frontières et circulent hors des flux financiers habituels. Selon Paul Allard, président d’Impak Finance, il n’est pas étonnant que les États et les institutions financières soient méfiants devant l’apparition de ce phénomène: « ça attaque directement la sacro-sainte organisation top-down sur laquelle le capitalisme est absolument fondé ».

La Chine et la Russie sont de bons exemples d’une première attitude face à l’arrivée des cryptomonnaies. Ces pays tentent de restreindre l’usage de ces devises sur leur territoire. Toutefois, interdire une cryptomonnaie, à l’instar d’Internet, est difficile. Ainsi, certains États se lancent dans la création de cryptomonnaies nationales pour récupérer les utilisateurs de ces devises.

Les cryptomonnaies telles le bitcoin sont souvent associées au commerce illégal et à l’évasion fiscale. Pourtant, depuis la création du bitcoin, le concept a évolué à un point tel qu’une cryptomonnaie bien encadrée pourrait au contraire réduire l’évasion fiscale, avance Paul Allard, président d’Impak Finance. « Avec la cryptomonnaie, tu peux tout tracer. Alors que tu ne peux pas tout tracer avec l’argent canadien », explique-t-il.

Selon lui, la taxation n’est pas un problème du moment que l’État décide de s’impliquer, « comme le Canada l’a fait avec Impak Coin », souligne-t-il. Toutefois, il est aussi vrai que si les États ne s’impliquent pas, ils ne pourront pas tracer les échanges de cryptomonnaies privées.

Impak Coin serait la première cryptomonnaie légale en Amérique et peut-être au monde. Ses créateurs ont réussi à s’asseoir avec les Autorités des marchés financiers pour expliquer leur processus. Le projet progresse ainsi avec l’approbation du Canada et est de facto légal. Ils ont, entre autres, une obligation de divulgation. De cette façon « il n’y en a plus de problèmes » affirme Paul Allard. « Il suffit que les États n’aient pas peur et s’impliquent dans cette révolution ».

Le Japon semble adopter une attitude semblable à celle du Canada. En effet, le Japon a officialisé onze cryptomonnaies sur son territoire en septembre dernier.

La technologie blockchain

La force des cryptomonnaies ne vient pas de leur nature virtuelle, mais plutôt du système qui les supporte: la blockchain. La cryptomonnaie est une utilité de la technologie blockchain. La blockchain permet de coder les conditions d’échange entre deux entités. Le travail de codage élimine la nécessité des intermédiaires traditionnels : « c’est ça, la grosse révolution » s’enthousiasme M. Allard. En ce moment, il peut y avoir entre 13 et 17 intermédiaires impliqués dans une transaction.

« La philosophie de la blockchain, c’est qu’une communauté d’intérêts peut s’auto organiser autour d’un projet, créer sa monnaie et ses règles d’échange », explique Paul Allard. Ainsi, la valeur ajoutée créée par ces échanges peut être redistribuée à ses membres au pro rata de sa contribution, au lieu d’aller enrichir les investisseurs, actionnaires, etc.

« La blockchain comme telle a des potentiels de changement sociétal qui sont plus importants que ce qu’Internet a changé dans les années 90, et ça va être plus rapide », affirme le président d’Impak Finance.

Les institutions traditionnelles ont peur de cette monnaie qu’ils ne peuvent contrôler : « que ce soit décentralisé et que la gouvernance appartienne à la communauté, ça fait peur », explique Paul Allard. Entre autres, parce que nous sommes selon lui habitués de vivre dans des sociétés top-down où l’élite économique tente de tout diriger. La démocratisation de l’économie « ça attaque directement la sacro-sainte organisation top-down, sur lequel le capitalisme est absolument fondé ».

Il existe une grande variété de cryptomonnaies. Certaines demandent aux utilisateurs de s’enregistrer proprement et concernent des commerces légaux. D’autres permettent l’anonymat et la participation à une économie illégale. De plus, ces monnaies virtuelles peuvent cohabiter avec les monnaies nationales traditionnelles. Dans l’avenir, « il y aura des cryptomonnaies thématiques, en complément des devises nationales », prévoit Paul Allard.

La valeur du bitcoin, la première cryptomonnaie, était évaluée à environ 150 $ CA en 2013. Sa valeur est maintenant évaluée à plus de 7 500 $ CA (Source : https://coinmarketcap.com, en date du 22 octobre 2017)

Révolution économique

Trois tendances favorisent l’engouement actuel pour les cryptomonnaies. La première est l’« écoeurantite aiguë » de la population vis-à-vis des institutions bancaires. Selon M. Allard, la majorité des individus ne font pas confiance à ces institutions et feraient affaires ailleurs s’ils le pouvaient. Les banques font des « profits de cochon » avec l’argent des particuliers et ceux-ci en prennent conscience.

La deuxième tendance est l’engouement pour l’économie d’impact ou l’économie sociale. Paul Allard affirme que les diplômés et les jeunes entrepreneurs actuels s’engagent beaucoup plus qu’avant dans des commerces dont le but est de faire du profit, mais aussi de contribuer à la société, ce que la cryptomonnaie permet de faire.

Finalement, la croissance phénoménale de l’utilisation des fintechs, une technologie sous-jacente à l’utilisation de la cryptomonnaie, démocratise l’utilisation de cette dernière.

La révolution qu’entraine la prolifération des cryptomonnaies a une implication bien plus profonde que la façon dont nous faisons nos achats. Selon Paul Allard, cette révolution a le potentiel de redonner le contrôle de l’État à la communauté. « Les États sont supposément élus démocratiquement, mais reçoivent leurs ordres du 1% qui contrôle l’économie financière », explique le président d’Impak Finance.

C’est tout le système financier actuel, le système capitaliste, qui se retrouve ébranlé par la démocratisation de cette technologie. L’élite financière traditionnelle est inquiète de voir les pionniers de la cryptomonnaie tenter de déloger leur mainmise sur la circulation des flux financiers.