LÉVIS – Quelques guitares, un clavier, un harmonica et une voix qu’on pourrait qualifier d’irréelle. Il n’en fallait pas plus pour qu’Elliot Maginot capte l’entière attention de près d’une centaine de personnes vendredi soir 5 décembre, dans l’intime salle du Vieux Bureau de Poste (VBP) de St-Romuald.
Le spectacle aura permis à l’auteur-compositeur-interprète de faire découvrir au public de Québec, les versions dépouillées de ses compositions, dont plusieurs figureront sur son premier album Young/Old/ Everything.In.Between, à paraître le 10 février prochain.
Derrière le pseudonyme Elliot Maginot se dissimule Gabriel Hélie-Harvey, un jeune homme réservé au talent indéfinissable. «J’avais besoin de nommer le projet, de mettre une distanciation. Je trouvais qu’il y avait quelque chose d’intéressant à avoir deux univers parallèles», a expliqué le musicien. «C’est rare qu’on peut choisir qui on est dans la vie. La musique, c’est souvent une sorte d’échappatoire ou d’univers que tu te crées et je voulais pouvoir créer ça de A à Z, que tout m’appartienne», a-t-il précisé.
La scène minimaliste du VBP contrastait magnifiquement avec l’aspect grandiose de la prestation du musicien. À la fois très aérienne et proche du public, sa proposition artistique allie magnétisme et introspection. Transparaît à travers elle, un besoin viscéral de création pour extérioriser ce que seul la musique lui permet d’exprimer. Ses interactions avec l’assistance, certes timides, étaient amenées avec intelligence et sincérité.
Le projet musical Elliot Maginot est teinté d’influences folk, tout en étant solidement ancré dans une unicité sonore bien présente. «Il a déjà une singularité musicale qui s’impose, il a déjà sa propre démarche artistique. Il a besoin de prendre de l’expérience, mais on voit que l’essence de l’artiste est là», a commenté Marie-Hélène Julien, une spectatrice venue découvrir l’auteur-compositeur-interprète, suite à des commentaires favorables de son entourage.
Difficile à catégoriser, la musique d’Elliot Maginot est construite de nuances, oscillant entre puissance et fragilité. «C’est très ambiant, très planant. Ça reste une base folk. Pop-folk-planant-atmosphérique», définit difficilement le principal concerné. Catherine Wolfe, une jeune spectatrice déjà familière avec la musique de l’artiste, semblait satisfaite de sa soirée : «C’était à la hauteur de mes attentes. J’ai hâte de voir le nouvel album», a-t-elle indiqué.
Tournée à venir
Le spectacle du 5 décembre était également un des derniers du multi-instrumentiste en version solo, formule qui sied harmonieusement à son œuvre. En effet, il s’entourera de quelques musiciens pour la tournée de son premier opus. Ce dernier, qu’il qualifie d’autoréférentiel, dépeint trois années de sa vie : «Ça parle beaucoup de ce que cette espèce d’aventure musicale-là a changé dans ma vie, la manière où ça m’a transformé, pour le meilleur j’imagine». La musique a véritablement contribué à la croissance personnelle et professionnelle du créateur qu’il est devenu : «Ça m’a forcé à sortir de ma chambre, à parler aux gens. Ça m’a donné de la confiance en moi autant que ça m’a fait douter beaucoup», ajoute-t-il.
Les compositions de son album reflètent les situations auxquelles sont confrontés les gens de sa tranche d’âge et l’époque dans laquelle ils vivent actuellement : «Je suis encore au stade où toutes mes chansons parlent pas mal de la même chose, d’être un jeune en ce moment avec tout ce que ça implique». L’artiste compose essentiellement dans la langue de Shakespeare bien qu’une pièce tirée de son album, Le Siècle Bruyant, soit écrite en français. Il s’agit principalement d’une question d’influences, d’une nécessité de distance afin d’exprimer pleinement ses pensées et d’une facilité plus marquée à modeler l’anglais, qui lui ont fait prendre cette avenue.
À plusieurs reprises, le musicien a remercié la modeste assistance pour son écoute et sa présence, autant physique que cérébrale. «Je suis flabbergasté. Je pensais jouer devant trois personnes. C’est vraiment apprécié», a-t-il partagé aux spectateurs. Il a également manifesté sa reconnaissance envers le VBP d’avoir pris le risque de confier la scène à un créateur en début de carrière.
La première partie du spectacle a été assurée par le chanteur Fred Woods, qui a baigné la salle d’un folk invitant, tout en installant une ambiance feutrée et conviviale qui allait envelopper l’audience tout au long de la soirée.






















