Alors que beaucoup de commerces battent de l’aile en zone rouge à Québec, ce n’est pas le cas pour Le Freak, lieu multifonctionnel où il est possible d’acheter des vêtements, accessoires et bijoux gothiques, mais aussi de se faire tatouer ou percer. Son succès s’explique entre autres par la popularité grandissante pour l’art du tatouage et du perçage. Inaugurée en début septembre, la boutique n’a pas vu son achalandage diminuer, un succès que les propriétaires attribuent au fait que leur clientèle considère se faire tatouer ou percer comme d’une activité divertissante et agréable ces temps-ci.

Raphaëlle Fortier a ouvert son commerce il y a moins de trois mois avec Jean-François Morin, le deuxième copropriétaire. En reprenant le fonds de commerce du Vision Rock, anciennement situé à la place Laurier Québec et qui a fermé ses portes l’année dernière. L’entrepreneure voulait poursuivre la vocation du magasin qui était déjà connu au sein de la communauté du tatouage et du piercing. « J’ai pris la décision assez rapidement de relocaliser [la boutique]. J’ai passé le confinement à ne rien faire, mais je me suis dit, dès que ça va aller mieux, je vais me lancer tête baissée », explique-t-elle. Une décision audacieuse, puisque l’entreprise n’a encore le droit à aucune aide financière du gouvernement à cause de sa date d’ouverture trop récente, soit moins d’un an.

« C’est correct, on est capable de se débrouiller, on a une bonne clientèle », estime Raphaëlle Fortier.

Le Freak possède un grand local aux murs de briques blanches et au plafond cathédrale qui s’élève sur deux étages avec mezzanines. Les salles de tatouage et de perçage se retrouvent au deuxième niveau. Ainsi, la clientèle peut consulter les articles à vendre du rez-de-chaussée en limitant les contacts sociaux. « Ça permet de rassurer les gens sur la propagation du virus », renchérit Raphaëlle Fortier. Ce que la copropriétaire remarque depuis qu’elle s’est installée au 775 St-Joseph Est, c’est que plusieurs personnes curieuses viennent faire un tour à la boutique, et non pas seulement les adeptes de l’ambiance et des services que Le Freak propose.

Une vitrine pour les artistes d’ici

Une grande quantité d’œuvres d’arts, de bibelots, de tableaux, de bijoux et de créations originales sont disposées un peu partout dans la boutique. Ce sont en majorité le travail d’artistes du Québec, selon Raphaëlle Fortier. En ce qui a trait à la mode vestimentaire, on peut retrouver, parmi d’autres, des tenues proposées par des créatrices comme Violette et Macdie, qui viennent de la Vieille Capitale, ou encore Diabolik, de Montréal.

« C’est le fun parce que ce sont des artistes qu’on ne retrouve nulle part, sauf ici », s’emballe l’entrepreneure Raphaëlle Fortier.

Installé dans les locaux de Le Freak, Shane Blanchard, tatoueur professionnel, considère le tatouage comme une forme d’art qui mérite sa place. (Crédit photo : courtoisie)

L’art du tatouage n’a jamais été aussi actuel

Sophie Ouellet est une artiste visuelle qui œuvre dans le domaine depuis 12 ans. Travailleuse autonome, elle collabore régulièrement avec sa cliente et amie Raphaëlle Fortier afin d’afficher ses peintures dans Le Freak. Sophie Ouellet témoigne du concept unique de la nouvelle boutique. « Je trouve que c’est hyper généraliste, mais aussi très spécifique. Raphaëlle amène [l’univers gothique] d’une manière chic. »

« [Le Freak] fait de gros efforts pour démocratiser ce milieu qui reste stéréotypé, malgré le fait que presque tout le monde a un tatouage ou deux, ou encore un piercing », estime l’artiste Sophie Ouellet.

Pour la peintre d’expérience, le tatouage est un art pour plusieurs raisons. Déjà, la tatoueuse ou le tatoueur doit bien connaitre la matière sur laquelle on travaille, soit la peau, pour que le dessin vieillisse bien. Pour la personne qui se fait tatouer, il peut s’agir autant d’un tatouage très « touchant et personnel », autant que d’une œuvre spontanée qui fait sourire. Selon elle, c’est l’aspect unique du tatouage et son caractère permanent qui définissent cet art. « Les gens ont compris que c’était une manière tout à fait personnelle de laisser des traces de son existence sur son corps, de vouloir inscrire, marquer ou illustrer des moments qui ont été des tournants », ajoute-t-elle.

« L’idée [de mon art] c’est d’apprendre au travers de l’adversité », souligne Sophie Ouellet, artiste visuelle et collaboratrice de la boutique Le Freak. (Crédit photo : courtoisie)

Les études multidisciplinaires de Sophie Ouellet, dont un diplôme en Arts plastiques, lui ont permis de réfléchir à sa démarche et à ses propos artistiques, qui tournent autour « de l’empowerment, de la résilience et de la reprise de pouvoir sur soi ».