En mi-février 2018, la salle de spectacle Le Cercle a officialisé sa faillite, après dix ans d’existence dans le paysage culturel de Québec. Un coup dur pour la scène musicale alternative de la ville, qui se retrouve privée de sa scène principale. Pourtant les initiatives se multiplient mais cette communauté artistique peine à toucher le public québécois. Attirer de nouveaux publics est un facteur essentiel pour continuer de développer la création musicale alternative à Québec.
« Avec l’historique de la programmation, c’était devenu un pilier de présentation de musique émergente à Québec », explique Steve Guimond, ancien chargé de programmation et de booking pour Le Cercle. La fermeture de ce lieu emblématique, fédérateur de la scène alternative locale, a déjà un impact à court-terme le monde la musique indépendante québécoise. Pour Jean-Etienne Collin Marcoux, co-fondateur du complexe de création musicale auto-géré et auto-financé Pantoum, la capacité d’accueil intermédiaire du Cercle était idéale pour les jeunes groupes locaux.
« C’était un lieu primordial. La plupart des artistes qu’on soutenait se produisait là-bas », explique Patrick Labbé, fondateur du festival de musique alternative Phoque OFF. Pour la quatrième édition, qui s’est déroulée du 11 au 14 février, cinq groupes programmés par le festival devaient performer sur la scène du Cercle.
Pour Patrick Labbé, la fin du Cercle, c’est aussi un impact pour toute une communauté artistique qui gravitait autour de cette salle, et qui va devoir trouver de nouveaux endroits où aller. L’heure est à la réorganisation : « Je ne sais pas encore comment on va faire. Peut-être comme quand on était ados, on va louer des salles communautaires pour organiser des concerts », plaisante-t-il. La scène alternative de Québec n’est pas à court d’idées ni de projets, mais le public n’est pas toujours au rendez-vous.
Un public québécois difficile à atteindre

« Dans le centre-ville, il se passe énormément de choses au niveau culturel, c’est bouillant ! Mais Québec c’est une ville de banlieue essentiellement, c’est difficile d’intéresser les gens », analyse Patrick Labbé. Pour lui, comme pour Jean-Etienne, il est réellement difficile d’emmener le public québécois vers de nouvelles consommations culturelles. C’est également de là que vient l’idée de Pantoum : proposer aux musiciens qui commençaient, de développer leur carrière à Québec, au lieu de partir à Montréal. Le but : faire en sorte que la scène locale soit intéressante, et reste vivante.
« J’ai toujours eu une frustration quand j’étais artiste. Les gens me disaient de partir à Montréal, à Toronto, à Paris… Mais si tous les artistes s’en vont, c’est la fin de la scène culturelle à Québec », Patrick Labbé du festival Phoque OFF.
Patrick Labbé raisonne de la même manière avec son festival : « Une des missions du festival, c’est de démontrer tout ce qui se passe dans la scène à Québec, donner de la visibilité à la musique underground et qualitative ». Il ne sert à rien de déserter la ville pour aller là où l’herbe est plus verte. Selon lui, c’est le facteur développement du public qui est à travailler : « L’idée c’est que ça devienne un pôle culturel intéressant, et pas une ville bis à Montréal ».
Un désir d’entraide, une histoire de rencontres
Au deuxième étage du loft aménagé par Pantoum, une salle de concert réunie plusieurs fois par mois des amateurs de musique indépendante. Ce soir là, le groupe The Blaze Velluto Collection prend place sur scène pour le lancement de leur nouvel album, « Weatherman », enregistré dans les studios de Pantoum. L’occasion de se plongée dans l’univers du collectif.
De nombreux projets sont nés et ont pu se développer entre les murs de ce loft aux multiples facettes. Le prêt de matériel, de studio, et la possibilité de s’installer pour quelques temps dans les chambres prévus à cet effet, facilite la création et les résidences artistiques. Tant et si bien que Pantoum a même créée son label, Pantoum Records, pour soutenir les groupes émergents de tous styles.
Un des objectifs au coeur de Phoque OFF et de Pantoum, c’est permettre des rencontres et des collaborations entre les artistes émergents. Cette année, pendant le festival, Patrick Labbé a organisé pour la première fois des tables rondes avec les artistes pour « créer des nouveaux ponts, des nouvelles associations, organiser le milieu de la musique alternative ».
En ce qui concerne Pantoum, de multiples collaborations sont nées de la communauté qui a grandi autour du complexe artistique. » C’est juste des gens qui se sont parlé dans des shows, qui ont échangés sur des projets et de là naissent des collaboration qui sont très prometteuses et qui perdurent dans le temps », explique Jean-Etienne, le sourire aux lèvres. Pour ce musicien de formation, chaque nouvelle perspective de création est réjouissante.

















