Entre les bombes du régime de Bachar Al-Assad et les exécutions de l’Organisation de l’État Islamique, la Syrie s’est transformée en zone de non-droit pour les journalistes. Un problème pour l’information et pour les images qui ne sortent que difficilement du pays.
Certains journalistes arrivent tout de même à rentrer en Syrie. Et à en sortir des images. On peut par exemple citer le reportage de Vice News, qui avait fait grand bruit. Madyan Dairieh, le journaliste du pure-player fondé à Montréal, avait pu suivre pendant trois semaines les combattants de l’Organisation de l’État Islamique. Mais cet accès privilégié au cœur de l’organisation terroriste avait bien sûr une contrepartie : une stricte surveillance des images. L’organisation ne laissait filmer que ce qu’elle voulait laisser voir.
Le journalisme citoyen, substitut au journalisme classique ?
Un autre pure-player, français celui là, s’est également rendu en Syrie récemment. Il s’agit de Spicee, tout nouveau site tout-vidéo et payant. Dans leur reportage, dont on peut retrouver la bande-annonce ici
Les journalistes disent clairement que, “tout au long de notre tournage, nous devrons suivre les règles qu’il [le chef du groupe] nous a imposé”. C’est donc le leader du groupe Ansar al-Aquida qui a décidé des images qui pouvaient être filmées et montrées au monde.
Bien sûr, les commentaires des journalistes peuvent contrebalancer les images, et amener plus de nuances au documentaire. Mais devant ce contrôle des rares images qui sortent du pays, il faut parfois s’en remettre à ce qu’on appelle le journalisme citoyen.
C’est dans cette optique que SMART et Okio Report se sont associés. Le groupe SMART, pour Syria Media Action Revolution Team, s’est fait connaître au début de la guerre en assurant jusqu’à deux heures de direct par jour, pour rendre compte du conflit. SMART s’appuie sur un fort réseau de correspondants qui ont été formé à distance, souvent par Skype.
Le web, banque d’images amateurs
L’agence Okio Report, elle, est spécialisée dans ce qu’on appelle la réalité virtuelle. Autrement dit, elle a développé une technologie permettant de filmer des scènes à 360°, à l’aide d’un casque. Concrètement, cela donne ça sur Youtube :
Cela permet à l’internaute de naviguer pendant la vidéo, en choisissant quel côté de l’image il veut regarder. Le principe est le même que Street View, le célèbre service de Google.
Il ne faut pas oublier les images diffusées sur les réseaux sociaux, nombreuses, qui permettent également de suivre la situation sur place. Twitter, Facebook, mais aussi Youtube sont devenus une source d’information essentielle. C’est grâce à eux que le jeune Thoman van Linge est devenu le meilleur cartographe de la Syrie. Il parvient à reconstituer très précisément les avancées ou le recul de telle ou telle faction.
Reste qu’il est difficile pour le grand public de se rendre compte de l’état du pays. Ce qui explique la ruée des médias lorsqu’une ville s’ouvre, comme ce fut le cas à Kobané, en janvier 2015.






















