Le 10 octobre dernier, un attentat fait plus de cent morts à Ankara, la capitale de la Turquie. La cible est un rassemblement pacifique de l’opposition pro-kurde. Cette nouvelle vague de violence attise les tensions entre le gouvernement d’Erdogan et le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan. Derrière ces conflits, c’est tout le peuple kurde qui est concerné.

Ils sont entre 20 et 40 millions (selon les sources) à vivre sur le sol de quatre pays différents. Répartis entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, les Kurdes représentent le plus grand peuple apatride au monde, à ce jour. D’origine indo-européenne, ils partagent un même dialecte et de nombreuses traditions, mais leur rêve de créer un pays unifié, le Kurdistan, semble aujourd’hui inconcevable.

A une époque pourtant, leur vœu était sur le point se réaliser. En 1920, le traité de Sèvre entrevoit la possibilité d’un tel projet, suite à la chute de l’Empire Ottoman. Mais seulement trois ans plus tard, les Etats signataires de cet accord font machine arrière. Un véritable coup dur pour le peuple kurde, qui depuis continuera de revendiquer son indépendance. Cette volonté est vue comme une menace, notamment par la Turquie. C’est dans ce pays que les Kurdes se regroupent majoritairement, représentant jusqu’à 20% de la population turque.

Abdullah Ocalan, symbole de la rébellion kurde en Turquie

Alors que le peuple kurde est sévèrement réprimé dans l’ensemble de la région, un homme décide de semer un vent de révolte en Turquie. 1978 voit ainsi naitre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), sous l’égide d’Abdullah Ocalan. Le mouvement, aux allures marxistes-léninistes, est vite qualifié de terroriste par une partie de la communauté internationale. Il faut dire que son chef n’est pas des plus pacifiques : il lance à l’époque un conflit armé pour obtenir la création du Kurdistan. Le gouvernement turc ne tarde pas à réagir, l’escalade de violence a commencé.

Le fondateur du PKK, Abdullah Ocalan, lors de son séjour en prison en 1999 ©REUTERS
Le fondateur du PKK, Abdullah Ocalan, lors de son séjour en prison en 1999 ©REUTERS

Trente ans plus tard, le conflit n’est toujours pas réglé. Devant les conséquences des combats, Abdullah Ocalan a pourtant plusieurs fois appelé à un cessez-le-feu. Des demandes qu’Ankara a toujours rejetées.
Les lointaines perspectives de paix de 2012

Il y a trois ans, la communauté internationale a cependant bien cru que les conflits allaient s’arrêter. Après une année de combats meurtriers, le dialogue s’est réinstallé entre le gouvernement et le PKK à l’automne 2012. Pendant cette période, Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, estime tout vouloir faire pour la paix : « Je suis prêt à boire du poison pour y parvenir » n’arrête-t-il pas de déclarer à la presse.

Aujourd’hui, l’homme politique semble avoir oublié ses bonnes résolutions. Alors que les conflits ont repris de plus belle depuis juillet, Erdogan parle maintenant de « ne pas abandonner le pays aux terroristes du PKK », favorisant une intervention militaire. Une stratégie, pour certains experts, en vue des élections législatives anticipées du 1er novembre prochain (voir article «Elections du 1er novembre : nouvel échec en vue pour Erdogan ?»).