Si le Gouvernement Trudeau va de l’avant avec sa promesse électorale, le Canada cessera très prochainement ses frappes aériennes contre le groupe armé État islamique.
Qu’adviendra-t-il alors de la contribution canadienne à la coalition internationale? État de la question.
«La participation du Canada à la coalition n’est pas remise en question, c’est davantage la forme de sa contribution qui l’est», selon le directeur de l’Institut québécois des hautes études internationales, M. Louis Bélanger. Il ajoute que ce qui est sur la table pour le moment, c’est l’envoi de conseillers militaires et un engagement d’ordre humanitaire afin de venir en aide aux populations civiles de la région. M. Bélanger tient à souligner que ces nouveaux engagements devraient constituer un «ensemble de mesures qui soit équivalent aux frappes aériennes».
Mme Aurélie Campana, professeure au département de sciences politiques et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme, est plutôt sceptique quant à l’envoi de conseillers militaires et croit que la manière dont le Gouvernement Trudeau décidera de se positionner sera déterminante. Elle explique que le gouvernement n’a pas encore précisé à quels combattants les conseillers militaires pourraient prêter main-forte.
«Ce pourrait être pour former les Peshmergas kurdes, mais ils ne sont pas suffisamment nombreux pour combattre l’EI à eux seuls», indique-t-elle. La professeure fait également état de l’armée iraquienne, mais souligne toutefois l’inefficacité de cette dernière et précise qu’elle souffre d’un «problème de loyauté dans ses rangs […] et dans la chaîne de commandement».
M. Bélanger justifie cependant la pertinence d’envoyer ces conseillers militaires en rappelant que le Canada, en participant au récent conflit en Afghanistan, a acquis des compétences dont il ne disposait pas auparavant. «Aujourd’hui, cette expertise pourrait être mise à contribution», selon le directeur.
Mme Campana soutient que les frappes aériennes canadiennes ne représentent qu’un à deux pour cent de la totalité des bombardements de la coalition internationale. «Le Canada est un tout petit joueur, donc, oui, le Canada pourrait avoir son mot à dire sur d’autres aspects de la lutte anti-EI», explique-t-elle. La professeure souligne que l’aide humanitaire fait partie de ces aspects et que le Canada pourrait bel et bien être appelé à jouer un tel rôle. À ce chapitre, la chercheuse tient à rappeler que cette forme de contribution est tout aussi importante.
«Les populations locales sont les premières touchées des actes de violence et des actes terroristes», indique Mme Campana. Elle ajoute que les pays limitrophes de la Syrie accueillent un nombre sans précédent de réfugiés et que certains sont «au bord de l’implosion», notamment le Liban. Elle soutient également que le climat politique en Jordanie est particulièrement «fragile».
La professeure ajoute que l’aide humanitaire pourrait également contribuer à «briser le lien que l’État islamique a construit quelques fois de manière très violente avec les populations locales». Selon elle, le travail humanitaire auprès de ces populations permettrait de diminuer, voire briser, l’emprise qu’a le groupe armé sur ces dernières.
Le Canada, une cible pour le groupe armé État islamique?
Selon M. Bélanger, le Canada figure toujours sur la liste des cibles potentielles de l’organisation terroriste. Le politologue justifie cette affirmation en soulignant simplement que le Canada participe toujours à la coalition internationale. Le politologue rappelle que se retirer totalement de la coalition reviendrait à «manquer à nos obligations sur la scène internationale» et qu’une telle volte-face sous-tendrait un prix diplomatique important à payer. Cela induirait également des conséquences politiques domestiques, raconte M. Bélanger.
Quant à Mme Campana, elle voit mal comment le pays pourrait passer sous le radar du groupe armé État islamique. La chercheuse ajoute que, s’il y a une cellule terroriste au Canada, «c’est qu’elle dort». «Elle entrera en action quand on le lui dira», explique-t-elle. Mme Campana précise toutefois qu’une autre forme de menace pèse contre le Canada: celle des «loups solitaires».
Les attentats de Paris pourraient servir d’élément incitatif pour des individus qui attendaient une forme de «confirmation» de leurs idées qui les encouragerait ainsi à mettre à exécution leur funeste dessein, selon Mme Campana. En effet, lorsque des actes terroristes tels que ceux perpétrés le 13 novembre à Paris sont commis et que, de surcroît, le pays visé a des valeurs similaires à celles du Canada, «ça ouvre une brèche», affirme la politologue.
Elle explique toutefois que le Canada est bien outillé du côté législatif pour faire face à la menace terroriste. Là où le bât blesse, c’est en ce qui a trait aux ressources dont dispose le pays et il n’est pas le seul. Mme Campana exemplifie ses propos en expliquant que les services de renseignements français n’ont pu déjouer tous les attentats, à commencer par ceux de Paris, et ce, même si le gouvernement a investi massivement dans des cellules antiterroristes depuis les attaques contre le journal satirique Charlie Hebdo.
Mme Campana est consciente du caractère fataliste de ses propos, mais soutient que la menace terroriste évolue tellement vite et qu’elle est très complexe à saisir. Par conséquent, «tous les attentats ne seront pas déjoués», selon elle.





















