En 2013, des centaines de milliers de manifestants étaient dans la rue pour protester contre le gouvernement Erdogan. La réaction des forces de l’ordre au mouvement « Occupy Gezi » a été extrêmement violente. Pourtant, ceux qui manifestaient hier contre le président turc sont toujours là, même s’ils font profil bas en attendant des jours meilleurs.

« L’esprit de Gezi est encore vivant », veut croire Duygu, une étudiante stambouliote qui a participé au mouvement protestataire de 2013 en Turquie. Au début, les manifestations sont le fait de riverains et d’écologistes opposés à la destruction du parc Taksim Gezi, un des rares espaces verts du centre-ville d’Istambul et qui doit être remplacé par un centre commercial. Très vite, pourtant, le mouvement prend une ampleur nationale. La population se rassemble dans plusieurs villes du pays pour protester contre l’autoritarisme du gouvernement et la violence excessive des forces de police. Duygu se retrouve mêlée à ces manifestations par hasard, car beaucoup de ses amis habitent dans le quartier de Taksim. La jeune femme est rapidement séduite par l’organisation du mouvement, qui n’a ni chef de file, ni hiérarchie. « Tous types de personnes, toutes les générations étaient rassemblées », se rappelle-t-elle.

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Crédit : creative commons. Légende : La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants, le 1er juin 2013.

Mais la violence de la police a mis un coup d’arrêt à ces rassemblements. À titre d’exemple, trente-cinq supporters du club de football Besiktas, qui ont été très actifs lors des protestations, ont été accusés de tentative de coup d’État.

Depuis la répression, Duygu a vu son pays changer. « Aujourd’hui, quand je porte un mini-short ou une mini-jupe dans la rue, je ne me sens pas en sécurité (…) mais je ne suis pas musulmane et je n’ai pas à l’être », déclare l’étudiante.

Pourtant, ceux qui manifestaient en 2013 contre le gouvernement sont toujours là et ne sont pas satisfaits de l’évolution du pays. « Beaucoup de personnes, comme moi, ne sont pas d’accord avec ce qui se passe, mais ils font une pause et attendent les élections », poursuit la jeune femme.

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Les manifestants tiennent des pancartes sur lesquelles sont inscrites « Nous connaissons les assassins », lors d’une commémoration aux victimes de l’attentat, le 17 octobre dernier.

D’ailleurs, le récent attentat, qui a fait plus d’une centaine de morts parmi des manifestants pacifistes, a ravivé les tensions entre l’opposition et le gouvernement turc, estime David Barchard, spécialiste de la Turquie. Si l’on n’en connait pas encore le commanditaire, l’attaque visait notamment les partisans du Parti démocratique des peuples (HDP), une mouvance issue de l’indépendantisme kurde, et qui entend défendre l’esprit de Gezi. Le jour même de l’attentat, samedi 10 octobre, environ 10 000 personnes ont à nouveau manifesté contre le gouvernement à Istambul, Ankara et Diyarbakir, une ville à majorité turque située dans le sud-est du pays. Ceux qui manifestaient à Istambul ont tenté de se diriger vers la place Taksim. Les mots d’ordre des manifestants, « AKP assassin » ou « Erdogan démission », rappellent ceux de 2013. Ils accusent le gouvernement turc d’être responsable de la tuerie, en raison de son attitude ambiguë à l’égard de l’État islamique, que certains estiment être le commanditaire de l’attaque.

Cette nouvelle confrontation survient dans un climat tendu, puisque les élections législatives se dérouleront le 1er novembre.