C’est un classique pour qui veut assurer la pérennité de son pouvoir. Pour qu’un système politique perdure, il faut une propagande efficace afin de fédérer le peuple autour de valeurs communes. Dans ce cadre, revisiter l’histoire de son pays en exaltant sa grandeur passée est un outil que certains pouvoirs politiques, en Russie notamment, n’hésitent pas à utiliser.
La propagande historique tient une place importante dans le « système Poutine » actuel. Plus que de célébrer un régime politique passé, Poutine et ses théoriciens cherchent à s’inscrire dans la filiation de l’URSS et du tsarisme dans le but de faire renaître la Grande Russie. Les deux régimes ont en effet en commun de représenter dans l’imaginaire collectif des temps où la Russie était respectée et pesait incontestablement dans l’échiquier politique mondial.
La nostalgie de l’URSS
« La chute de l’URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier ». S’exprimant dans le cadre d’un discours à la nation en avril 2005, l’homme fort du Kremlin se pose en chantre de la nostalgie russe.
S’il ne dédouane pas complètement l’Union soviétique de ses crimes, en rappelant par exemple dans ses discours le drame des Grandes Purges de 1937-1938, Poutine insiste davantage sur ses réussites extraordinaires. La montée en puissance de l’URSS, la victoire contre le nazisme, le lancement de Spoutnik, le premier satellite dans l’espace, sont autant d’éléments mis en exergue par le Kremlin pour développer une vision patriotique de l’histoire. Et puis, de son point de vue, quelle nation n’a pas connu des épisodes plus ou moins sombres au cours de son histoire ?
Aussi, dès son arrivée au pouvoir en 2000, il rétablit l’ancien hymne national de l’URSS, à la place de l’éphémère Chanson patriotique, en vigueur depuis 1990.
Le tsarisme et la figure de Nicolas Ier
Au-delà du régime soviétique, le tsarisme tient également une place importante dans l’idéologie poutinienne. Dans le bureau du président russe, trône ainsi le portrait de l’empereur Nicolas Ier (1796-1855). Ce choix peut paraître curieux au premier abord, tant son règne (1825-1855) n’a pas marqué les esprits en dehors des cercles d’initiés.
Moins connu que son prédécesseur, Alexandre Ier, ou que son successeur, Alexandre II, le règne de Nicolas Ier est pourtant éclairant quant à la conception du pouvoir de Poutine.
Élevé par des militaires pendant les campagnes napoléoniennes, Nicolas est arrivé sur le trône par accident, après que son grand frère a refusé de succéder à Alexandre Ier à sa mort en 1825. À peine arrivé aux responsabilités, une insurrection visant l’abolition du servage éclate. L’empereur décide alors de faire parler la poudre pour mater la révolte, donnant une indication claire à la tonalité de son règne.
Police politique, censure, interventionnisme, défense des minorités chrétiennes en dehors de la Russie, rejet des mœurs occidentales sont autant d’éléments qui ont caractérisé ses trente années de pouvoir.
Si Nicolas Ier meurt en 1855, écrasé par le poids de sa défaite en Crimée face aux Occidentaux, les nationalistes ne lui en tiennent pas rigueur. Dans l’historiographie russe actuelle, Nicolas Ier représente le rejet de l’occident et de leur libération des mœurs, l’interventionnisme pour défendre les minorités russes et chrétiennes… Or, le Kremlin actuel ne dit pas mieux lorsqu’il critique le mariage gay en occident ou intervient militairement en Syrie.
En faisant la filiation entre le tsarisme et l’URSS, Poutine est parvenu à créer une posture qui lui vaut une solide popularité dans son pays, ainsi qu’une place importante sur la scène politique internationale.






















