« Celui qui ne regrette pas la dissolution de l’Union soviétique n’a pas de cœur, celui qui veut ressusciter l’Union soviétique n’a pas de cerveau ». Cette phrase prononcée par Vladimir Poutine en Allemagne en 2005 en dit long sur la nostalgie de l’empire perdu et l’impossibilité d’un retour en arrière.

Depuis son retour au pouvoir, en 2012, le président russe ne cache pas de rendre à la Russie sa gloire d’antan. S’il ne peut pas reformer le bloc soviétique, il n’a qu’à former un nouveau bloc. Ce bloc, pensé comme une entité concurrente à l’Union européenne, devait s’appeler Union économique eurasienne (UEE). Depuis le 1er janvier 2015, cette zone de libre-échange de 183 millions d’habitants existe bel et bien, mais n’a pas le poids escompté par le président russe.

Vladimir Poutine imaginait un géant économique avec un véritable poids géopolitique. « Nous proposons un modèle d’unification puissante et supranationale, capable de devenir l’un des pôles du monde contemporain » écrivait-il dans le journal russe Izvestia en 2011.

Pourtant, le produit intérieur brut (PIB) cumulé de ses cinq membres (Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie et Kirghizistan), dépasse à peine celui de la France ou de la Grande-Bretagne. Surtout, les trois pays partagent la même industrie d’hydrocarbures, les mêmes problèmes de corruption et la même inflation.

Le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan pourraient s’y ajouter dans un avenir proche, mais ces pays pèsent bien peu à côté de ce qui devait être le principal atout de l’Union eurasiatique : l’Ukraine et ses 45 millions d’habitants.

Difficile de s’affirmer comme l’héritier de l’empire soviétique lorsqu’on laisse s’échapper un pan entier de son ancien territoire. C’est l’une des raisons pour lesquelles Vladimir Poutine a tout fait, lorsque c’était encore envisageable, pour garder Kiev dans sa sphère d’influence.

De la même manière, la Moldavie et la Géorgie se sont vu offrir une place au sein de l’Union eurasiatique, mais toutes deux ont préféré, comme l’Ukraine, se tourner vers l’Union européenne.

D’où vient l’idée d’une Union eurasiatique ?

À l’origine, il s’agit d’une doctrine pensée par Alexandre Douguine, théoricien politique proche de l’extrême-droite. Il opposait, dans les années 90, la civilisation anglo-saxonne, protestante et d’esprit capitaliste et la civilisation continentale, russe-eurasienne, orthodoxe, musulmane et d’esprit communiste.

« La Russie est la première puissance idéologique post-libérale combattant contre le libéralisme nihiliste pour le salut d’un futur ouvert, multipolaire et réellement libre » écrivait-il l’an dernier dans La Quatrième théorie politique, un ouvrage préfacé dans sa version française par le polémiste Alain Soral.

En Eurasie, le soleil se lève ; en Occident, le soleil se couche. La renaissance contre le déclin. Le symbole a rapidement charmé le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev qui l’a évoqué lors d’un discours à l’université de Moscou en 1994, puis s’est répandu parmi les élites russes pendant les années 2000. Vladimir Poutine s’est laissé à son tour séduire par la perspective d’une nouvelle grande Russie, rendue plus forte par ses voisins.

La Russie est-elle le seul pays à en bénéficier ? Les objectifs des autres dirigeants varient. Le Kazakhstan, très riche en pétrole, lorgne sur les oléoducs russes tandis qu’Alexandre Loukachenko, président biélorusse, appelait à « une union politique, humanitaire et militaire » ensuite démentie par ses congénères.

Malgré leur participation à l’Union eurasiatique, les présidents biélorusse et kazakh se méfient malgré tout des visées impérialistes du maître du Kremlin. Il n’est pas certain que ces deux autocrates partagent avec Vladimir Poutine le souhait de voir l’Union soviétique renaître de ses cendres.