En 2011, le Printemps arabe a déferlé sur le Moyen-Orient. De nombreux peuples opprimés se sont levés contre les régimes autoritaires qui les asservissaient. Parmi ces persécutés, une partie du peuple syrien a voulu mettre un terme au règne familial du clan el-Assad. Mais alors qu’ailleurs, les révolutions voyaient les peuples s’affranchir des tyrans, le Président en exercice, Bachar el-Assad, a plongé la nation syrienne dans un bain de sang, de mort et de larmes.

Au centre du pays, le régime fait face à l’Armée Syrienne Libre, composée de rebelles modérés, qui contrôlent certaines zones proches des grandes villes de Damas ou d’Homs. Les rebelles ont même pris le contrôle de la ville stratégique d’Alep, au nord du pays. À l’est de la Syrie, ce sont les deux groupes terroristes issus d’Al-Qaïda, le Front al-Nosra et l’État Islamique, qui contrôlent les territoires. Enfin, au nord, les milices kurdes s’opposent tant au régime qu’aux rebelles et aux groupes terroristes.

Dans cet imbroglio généralisé, le régime de Bachar el-Assad, sur la défensive après plusieurs mois de retraite généralisée, a appelé à l’aide la Russie, son alliée historique. Depuis 2011, Vladimir Poutine n’a pas caché son soutien indéfectible au dictateur syrien.

Après des semaines d’un déploiement discret de troupes et de matériels militaires, les premiers bombardements russes en Syrie ont eu lieu le 30 septembre dernier.

Soukhoï : http://www.ausairpower.net/APA-Fullback.html
Soukhoï : http://www.ausairpower.net/APA-Fullback.html

Dans les airs, on dénombre 36 avions de combat déployés sur la base aérienne de Latakia. Parmi ces avions, notons la présence d’une dizaine de Soukhoï Su-30 et Su-34, les plus récents chasseurs russes. Plusieurs hélicoptères de combat ont également été utilisés par l’armée russe.

Char :
Char : http://www.militaryinfo2.com/

Sur terre, les deux bases russes de Latakia et Tartous comptent près de 5000 hommes, dont la 810e brigade de la mer Noire, un fort soutien d’artillerie ainsi qu’une dizaine de chars T-90. Sur la ligne de front, des unités de forces spéciales russes soutiennent les troupes gouvernementales et guident les frappes aériennes russes.

Enfin, sur mer, un groupe naval, mené par les croiseurs Moskva et Smetlivy, soutient les activités des troupes russes en Syrie. Plusieurs missiles de croisière ont également été tirés sur la Syrie par des navires de ce groupe de combat.

Pourtant, l’aide militaire et logistique qui se met en place en Syrie n’est pas sans dessein de la part des dirigeants russes. Pour Vladimir Poutine, l’engagement dans la crise syrienne reflète une triple intention.

Sur une échelle locale, il s’agit pour la Russie de soutenir en Syrie le régime en place sous couvert de la guerre au terrorisme islamiste. Pour Poutine, il faut consolider Bachar el-Assad afin de l’inclure dans une alliance avec l’Iran et ainsi conserver un allié puissant à proximité de la Turquie et de l’Union Européenne.

Sur une échelle régionale, Vladimir Poutine veut asseoir la position russe sur la partie orientale du pourtour méditerranéen. Après la prise de la Crimée en mars 2014, la Russie cherche à consolider son expansion commencée après les élections présidentielles russes de 2012. La Russie a dans son viseur l’est de l’Ukraine et le sud du Caucase.

Enfin, et surement l’objectif le plus important, Vladimir Poutine cherche à affirmer le renouveau de la puissance russe sur le plan international. En se servant de la situation syrienne comme d’une excuse, la Russie s’engage militairement au sol et dans les airs là où la coalition occidentale anti-État Islamique se contente de quelques bombardements erratiques. Sur le plan international, Vladimir Poutine se pose en premier rempart contre le terrorisme islamiste et se détache de la politique américaine peu énergique.

Rappelons que depuis 2011 et le déclenchement de ce qu’il est commun d’appeler désormais la Guerre civile syrienne, plus de 240 000 Syriens, hommes, femmes et enfants, ont été tués. Plus de deux millions ont été blessés et près de 4 millions ont quitté leur pays.