A l’annonce de la nomination de l’Arabie saoudite à la tête d’un groupe consultatif au sein du Conseil des droits de l’Homme, les réactions ne se sont pas fait attendre. Et elles étaient toutes plus virulentes les unes que les autres. L’argument le plus souvent avancé pour protester contre cette nomination ? Incontestablement celui affirmant que l’Arabie Saoudite bafoue les droits de l’Homme, et donc qu’elle n’a aucune légitimité pour être à ce poste. Mais comment et pourquoi une telle violation de la déclaration universelle des droits de l’Homme dans ce pays ? Explications.
Le premier article de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. (…) ». L’application de cet article en Arabie Saoudite est tout sauf exemplaire. En effet, par l’emploi du terme « humains », la déclaration fait directement référence aux hommes comme aux femmes. Et en Arabie Saoudite, ces dernières sont loin de bénéficier des mêmes droits que les hommes. Pour ne citer que quelques exemples, notons que les femmes ne peuvent pas voter, ni conduire, ni travailler ou faire du sport en public. Ce non-respect de la déclaration est l’un des plus médiatisé et critiqué. Mais si le premier articlen’est pas respecté par l’Arabie Saoudite, il n’est pas le seul. Le cinquième indique que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Là encore, le pays est loin de se positionner en exemple. La torture, les menaces, le harcèlement sont monnaies courantes dans le pays. Le cas du bloggeur Raïf Badawi, condamné à 10 ans de prison et à 10 000 coups de fouet pour avoir critiqué le régime saoudien, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Cela nous amène directement à la liberté de culte, également bafouée dans le pays. La version wahhabite de l’Islam est la seule reconnue par le régime saoudien. Abjurer l’Islam peut conduire à la peine de mort. De plus, célébrer les fêtes issues d’autres religions est totalement prohibé. Arborer des symboles faisant référence à d’autres religions l’est tout autant. Le gouvernement interdit par exemple de construire une église sur le territoire saoudien, même pour une durée provisoire.
Arabie Saoudite et Déclaration Universelle, une mésentente historique
Et ces exemples ne sont qu’un échantillon des multiples façons dont l’Arabie Saoudite contrevient à la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Mais dès l’élaboration de celle-ci, l’Arabie Saoudite a fait figure de mauvais élève.
Lorsqu’en 1948, au lendemain de la seconde guerre mondiale et des atrocités qu’elle a engendré, les pays membres de l’Organisation des Nations Unies adoptent la déclaration, certains s’abstiennent de voter. Parmi eux, l’Arabie Saoudite.
Au final, il y a 43 votes pour l’adoption de cette déclaration, 5 abstentions (Arabie Saoudite, Biélorussie, Pologne, Tchécoslovaquie, et Ukraine) et 5 refus (Honduras, Afrique du Sud, URSS, Yémen et Yougoslavie). Malgré ces abstentions et refus, la Déclaration universelle des droits de l’Homme s’applique à tous les pays membres de l’ONU. Y compris l’Arabie Saoudite, donc.
De multiples textes pour de multiples interprétations
Mais d’autres textes nationaux s’appliquent également au pays. Notamment la Déclaration des droits de l’homme en islam, ratifiée en 1990 par les 57 pays membres de l’Organisation de la conférence islamique, devenue « Organisation de la Coopération islamique » en 2011. Sur quelques points, plus ou moins subtils, la Déclaration islamique des droits de l’homme peut être considérée comme étant en contradiction avec celle élaborée par les Nations-Unies. Prenons l’article 5 : « (…) Les hommes et les femmes ont droit au mariage, et aucune restriction quant à la race, la couleur ou la nationalité ne les empêchera d’exercer ce droit ». Il n’est nullement question de la religion. En effet, il est interdit pour une femme de se marier avec un homme non-musulman. Point qui diverge complètement avec la Déclaration universelle.
Un autre article entre en contradiction avec celle-ci, l’article 22 de la loi islamique : « Tout homme a le droit d’exprimer librement son opinion pourvu qu’elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la Charia ». La charia étant la loi qui codifie la vie publique et privée des musulmans. Cela implique une certaine limite à la liberté d’expression, limite inexistante dans la Déclaration universelle. Ces petites différences expliquent en partie pourquoi l’Arabie Saoudite ne respecte pas totalement les droits de l’Homme. Néanmoins, la version islamique n’excuse pas tout.
Son article 6 stipule que « La femme est l’égale de l’homme au plan de la dignité humaine. Elle a autant de droit que de devoirs. (…)». Égalité qui n’est absolument pas respectée par l’Arabie Saoudite.
Le non-respect de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme par l’Arabie Saoudite peut donc s’expliquer en partie par sa soumission à d’autres textes plus ou moins contradictoires avec celle-ci, comme la Déclaration de droits de l’homme en islam. Mais force est de constater que même ces textes ne sont pas respectés par le pays. Ce qui peut légitimer le débat sur le bien-fondé de la nomination du pays à la tête d’un groupe consultatif du Conseil des Nations-Unies.




















