En Syrie, l’entrée en scène des Russes complexifie encore un conflit aux ramifications multiples, qui opposait à l’origine le régime de Bachar al-Assad aux forces rebelles. Quatre ans et 240 000 victimes plus tard, la guerre implique de nombreux groupes, syriens et étrangers, de même que des puissances mondiales, brouillant la perspective d’une résolution.

La Russie a procédé depuis le 30 septembre à des dizaines de frappes en soutien aux forces gouvernementales. Moscou soutient qu’elle vise le groupe armé État islamique, mais dans les faits, ses cibles semblent avant tout contrer l’opposition syrienne.

Pour Francesco Cavatorta, professeur au Département de science politique de l’Université Laval, les Russes souhaitent s’imposer comme un acteur majeur dans la résolution du conflit et redevenir une grande puissance sur l’échiquier planétaire.

« L’intérêt des Russes (…) c’est de tracer une ligne dans le sable et de dire [aux occidentaux] qu’il y a d’autres acteurs importants au niveau international et qu’il faut consulter quand des décisions importantes sont prises concernant la stabilité d’une région plutôt que d’une autre », illustre-t-il.

En d’autres mots, les Russes imposent leur jeu, et cela semble fonctionner pour le moment. Selon M. Cavatorta, les Occidentaux, qui excluaient jusqu’à présent toute alliance avec al-Assad, devront peut-être reconsidérer leur stratégie « parce que maintenant, l’ennemi, c’est l’État islamique. Je crois qu’ils sont en train de voir s’il est possible de prendre une position intermédiaire entre l’État islamique et Bachar al-Assad ».

Le régime et ses alliés

L’armée syrienne est toujours en place après quatre années de combats, mais ses effectifs, 300 000 hommes au départ, ont fondu de moitié. Elle a cédé les deux tiers du pays, mais garde le contrôle d’un territoire stratégique qui comprend les villes de Damas, Homs et Hama, où réside la moitié de la population.

« Bachar al-Assad combat les rebelles modérés. Il combat aussi l’État islamique, mais pas trop : cela fait son affaire que l’État islamique reste en place, car cela concentre l’attention des Occidentaux » ailleurs que sur lui, explique M. Cavatorta.

Outre la Russie, le régime Al-Assad peut compter sur l’Iran, qui a envoyé 7 000 hommes, ainsi que sur plusieurs milices locales pro-Assad, et d’autres encore provenant du Liban, d’Iran, d’Irak ou encore d’Afghanistan, pour un total de 150 à 200 000 hommes.

La coalition internationale : pas beaucoup d’impact

« Les Russes, les Canadiens et les Américains ont le même ennemi dans l’État islamique, mais pas les mêmes alliés », résume M. Cavatorta. La coalition internationale, menée par les États-Unis et à laquelle s’est joint le Canada, mène depuis septembre 2014 de nombreuses frappes aériennes, sans connaître un succès retentissant. « Ce qui se fait n’a pas beaucoup d’impact présentement », dit M. Cavatorta.

Parmi les autres alliés de la coalition, citons la France, le Royaume-Uni, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

L’État islamique : l’ennemi à abattre

Le groupe armé État islamique a profité de la guerre civile syrienne pour étendre son territoire. En deux ans et avec l’aide de dizaines de milliers d’hommes, il s’est approprié la moitié des terres au pays. Selon les services de renseignement américains, l’organisation a attiré en Syrie près 30 000 djihadistes étrangers. Il s’agit de loin du groupe le mieux organisé et le plus riche.

Les forces rebelles sur deux fronts

L’Armée syrienne libre, regroupant nationalistes et islamistes modérés, soutenue par Washington, a constitué le cœur des forces rebelles avant de se voir supplanter par des groupes d’inspiration salafiste, l’Ahrar al-Cham en étant le plus important.

Le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, complète le versant le mieux organisé des forces rebelles. Plus important groupe djihadiste en Syrie après l’EI, il est classé « terroriste » par le gouvernement américain.