La Chine est le pays le plus peuplé du monde mais aussi le plus pollué. Elle produit un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La veille de l’ouverture de la COP21, le mauvais élève assure vouloir se mettre au vert. Mais peut-il tenir ses objectifs ?

Il y a six ans, la Chine lançait un pied de nez à la conférence de Copenhague. Non, elle ne signera pas d’accord visant à limiter fortement ses émissions de gaz à effet de serre. La faute revenait, selon elle, aux premiers pays industrialisés, en vertu du principe de « responsabilités communes mais différenciées ». Pourtant l’Empire du Milieu change désormais de stratégie, il s’implique et opte pour une politique écologique.

D’ici 2030, la chasse aux GES est ouverte

Déjà en novembre 2014, Pékin annonçait au monde ses ambitions. Les États-Unis et la Chine, qui représentent à eux seuls 40% des émissions de gaz à effet de serre, signent un accord inédit sur le climat. La Chine détermine un plafond de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030. Passé cette date, les émissions chinoises devront diminuer. C’est la première fois que le pays se fixe un tel objectif.

Quelques mois plus tard, en juin, la Chine annonce sa contribution à la COP21. Elle réaffirme, à Paris, son objectif de 2030 et elle entend baisser son intensité carbonique de 60 à 65% par rapport à 2005, tout en augmentant son stock forestier de 4,5 milliards de mètres cubes.

Des déclarations reconduites ce mois-ci lors de la venue de François Hollande en Chine. Le président Xi Jinping assure alors que le réchauffement climatique est un « défi planétaire » et que les résultats attendus seront « un impératif pour la Chine ».

L’urgence nationale et les pressions internationales semblent faire avancer les décisions chinoises. Au point qu’avant même l’ouverture de la COP21, le pays ait déjà amorcé des efforts.

Baisse de l’urbanisation, baisse de la pollution

La bataille contre les émissions de gaz à effet de serre a commencé. Une analyse de Greenpeace et Energydesk a montré en mai dernier que la Chine avait déjà réduit de 5% ses émissions de CO2 au cours des quatre premiers mois de l’année, en comparaison à la même période en 2014.

Par ailleurs, Pékin est actuellement le plus grand investisseur mondial en énergie propre. En 2014, il a dépensé plus de 83 milliards de dollars dans le développement des énergies renouvelables. À lui seul, il représente un quart de l’investissement mondial dans l’énergie solaire.

Enfin, le mouvement d’urbanisation dans le pays pourrait ralentir dans les prochaines années, selon une étude de l’Académie chinoise des sciences sociales, parue en 2014. Ce phénomène pourrait contribuer à la baisse des émissions de gaz liées à l’industrie.

La Chine a donc bien amorcé son virement vers une économie et une politique plus verte. Ses objectifs post COP21 pourraient donc tenir. Mais un problème épineux réside : le charbon…

Une consommation de charbon sous-estimée

Jeudi 5 novembre, un pavé est jeté dans la mare, seulement deux jours après la visite de François Hollande. Pékin a largement sous-estimé sa consommation en charbon, selon une étude du bureau national des statistiques, parue en toute discrétion.

Le pays a consommé au moins 17% plus de charbon par an qu’il ne l’avait indiqué. Pour la seule année 2012, la consommation chinoise a été de 600 millions de tonnes supérieure aux chiffres préalablement annoncés. Les chiffres sur lesquels se reposait Pékin pour établir un « pic 2030 » sont donc eux aussi faussés.

Les objectifs chinois pour la COP21 risquent d’être bien plus difficiles à tenir. L’ombre de Copenhague plane toujours, et comme le soulignait François Hollande en Chine : « le succès est possible, pas certain ».