L’arrivée de Justin Trudeau à la tête du Canada annonce un changement de cap en matière de climat, après neuf années de gouvernance conservatrice marquée par un désengagement du pays dans la lutte aux changements climatiques.

Sitôt assermenté, mercredi 4 novembre, le premier ministre Justin Trudeau a promis de redresser le bilan du Canada en environnement. « Le Canada va être un acteur fort et positif sur la scène internationale, notamment à la COP21 » a-t-il déclaré dans des propos relayés par l’AFP.

Dans un geste symbolique, l’énoncé du ministère de l’Environnement a été modifié pour celui de « ministère de l’Environnement et du Changement climatique ».

Le chef libéral a soutenu qu’il travaillerait conjointement avec les villes et les provinces du pays pour établir les objectifs du Canada dans la lutte contre les changements climatiques.

Soucieux d’adopter une approche inclusive, il a invité les premiers ministres des provinces canadiennes, les chefs des partis d’opposition à Ottawa ainsi que des représentants d’organisations non gouvernementales à se joindre à la délégation canadienne qui participera fin novembre à la conférence de Paris sur le climat.

Mais au-delà des mots et des invitations, la position qui sera celle du Canada à la COP21 reste encore à définir, à moins d’un mois du début du sommet.

En campagne électorale, Justin Trudeau s’était gardé de fixer un objectif quant à la réduction des émissions de gaz à effets de serre (GES). Il avait cependant soutenu qu’un gouvernement libéral présenterait des cibles en accord avec l’objectif mondial de limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés Celsius avant la fin du siècle.

Sans entente sur le climat à la COP21, les projections prévoient une augmentation d’environ 3 degrés sur cette même période. Les pires scénarios avancent même un réchauffement de 4,5 à 6 degrés.

Pour le moment, les seuls objectifs connus du Canada sont ceux présentés par le précédent gouvernement, qui avait établi à 30% la réduction de GES d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005 au pays, des cibles jugées décevantes par les États engagés contre le dérèglement du climat.

Tourner la page de l’ère conservatrice

Sous le règne de l’ex-premier ministre Stephen Harper, le Canada a fait figure de mauvais élève aux yeux de la communauté internationale sur les questions climatiques selon Étienne Leblanc, journaliste spécialisé dans les questions environnementales.

En entrevue avec France 24, il estime que « depuis 10 ans, le Canada a une très mauvaise réputation, celle de ne pas se soucier du changement climatique, celle d’un gouvernement qui laisse faire les pollueurs. Le but, et même le défi, de Justin Trudeau à Paris va être d’envoyer un message à la communauté internationale pour redorer l’image du Canada ».

Le gouvernement Harper a notamment été pointé du doigt pour avoir tourné le dos au protocole de Kyoto sous prétexte que ses objectifs étaient irréalistes. Son appui sans réserve à l’exploitation du polluant pétrole issu des sables bitumineux a aussi suscité des critiques au sein des acteurs environnementaux.

Il y a un an, plus de 800 scientifiques à travers le monde avaient vigoureusement dénoncé, dans une lettre ouverte, les pertes de financement et de liberté de la communauté scientifique au Canada, soulignant que cette dernière a un rôle à jouer dans la résolution des problèmes environnementaux que connait la planète.