Aujourd’hui combattu par une partie du monde occidental, le groupe terroriste Etat Islamique est né des conflits au Moyen-Orient. Basés sur les terres syriennes et irakiennes, les djihadistes de l’EI ont joué les sauveteurs avant de semer la terreur. Cette stratégie leur a permis de s’installer durablement et de devenir véritablement influents.

Après l’invasion américaine et des années de guerre en Irak, le pays n’en est presque plus un. Le gouvernement est quasiment inexistant, les administrations ne sont plus fonctionnelles, les infrastructures sont détruites. Tout s’est effondré. C’est dans ce contexte que le groupe terroriste Etat Islamique fait son apparition, officiellement en 2013.

« Quand l’EI arrive en Irak, il remet l’électricité en route et permet à la population d’avoir quatre heures de courant par jour. C’est énorme ! » raconte Francesco Cavatorta, professeur de Sciences Politiques à l’Université Laval (Québec), spécialiste du Moyen-Orient. Selon lui, il est impossible de comprendre le succès de l’Etat Islamique sans réfléchir aux services que le groupe offre aux populations irakiennes et syriennes. Ces extrémistes « ramènent de la stabilité, un cadre social et légal » explique M. Cavatorta. Alors que les Irakiens sont restés pendant des années sans tribunaux, aujourd’hui ils peuvent dénoncer des injustices devant un juge qui applique a charia. Cette loi islamique régit tant la vie religieuse que sociale. Le changement est positif aux yeux de la population, même si les jugements rendus sont radicaux : selon un reportage de Vice News, un citoyen peut ainsi être exécuté s’il est soupçonné d’avoir pris de la drogue. « On ne peut pas être d’accord avec ce cadre, mais au moins il y en a un », révèle le professeur.

Le rôle de la révolte syrienne

En Syrie, c’est à peu de choses près la même histoire. Depuis 2011, la guerre civile a réduit le pays en miettes. Le gouvernement de Bachar-Al-Assad, lui, est toujours en place, « mais il est trop répressif et illégitime » estime M. Cavatorta. Résultat, la population est ouverte à un autre système. Quand l’Etat Islamique arrive, la curiosité des syriens prend alors le dessus sur leur méfiance. « Avant, les villes comme Rakka n’étaient pas beaucoup plus libres, donc les gens n’ont pas été trop bousculés par l’arrivée de l’EI finalement» explique le professeur. Au contraire, même. « En Syrie, il y avait déjà 1500 milices qui se combattaient chaque jour… en avoir une qui domine maintenant, c’est un gros bonus ! » continue-t-il.

L’idéologie simple et efficace de l’Etat Islamique

La force du groupe terroriste réside également dans sa doctrine. Selon M. Cavatorta, « l’Etat Islamique identifie les ennemis de manière très simple : les occidentaux, les chrétiens et les chiites ». Des « infidèles » selon l’Etat Islamique, qu’il faut éliminer à n’importe quel prix, en appliquant la charia. Cette idéologie barbare trouve une certaine résonnance au niveau local. «Le problème, explique le professeur de Sciences Politiques, c’est que pour faire la guerre et libérer le pays des radicaux, la coalition internationale commence par bombarder les infrastructures.

Pendant des années, les populations n’ont pas eu accès à l’électricité ; l’Etat Islamique leur a redonné, et aujourd’hui la coalition leur ré-enlève. Alors la population se dit que peut-être, comme le dit l’EI, ce sont effectivement les occidentaux les ennemis. »

En se positionnant comme une solution à la crise, le groupe terroriste a réussi à s’intégrer au Moyen-Orient. En juin 2014, Abou Bakr Al-Baghdadi s’autoproclame le califat de cet « état » à cheval entre l’Irak et la Syrie. Depuis, il n’a cessé d’attirer des partisans européens dans ses rangs.

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