Elle est la base de l’électorat du président Erdogan : conservatrice, nationaliste, croyante et peu éduquée. Celle qui lui a permis de devenir tour à tour maire d’Istanbul, Premier ministre et président de la République depuis 2014, année pendant laquelle il est élu dès le premier tour avec 52% des voix. Pour satisfaire sa base électorale, à qui il a déjà apporté croissance et stabilité économique, c’est désormais sur une voie islamo-conservatrice qu’il entraîne la Turquie : autorisation du port du voile à l’université, discours aux consonances religieuses et exacerbation de l’héritage du passé.
Comme pour Vladimir Poutine en Russie, obsédé par les Tsars et les Soviets, l’Empire ottoman et la Turquie kémaliste animent en Recep Tayyip Erdogan la volonté de marcher sur les pas de ses glorieux prédécesseurs. De la Sublime porte, il en tire le prestige d’un empire multi-centenaire, celui qui a dominé le bassin méditerranéen et oriental ainsi que le monde musulman jusqu’à l’époque contemporaine. Erdogan comme son Premier ministre Ahmet Davutoglu, n’ont cessé de marteler ces-derniers mois la « grandeur des Ottomans », lorsque les Turcs furent une puissance mondiale incontestable, le pont essentiel entre l’Occident et l’Orient. Un pont qui s’est écroulé après la Première guerre mondiale, mais dont Erdogan rêve de reconstruire pierre par pierre. « Pourquoi la Turquie ne pourrait-elle pas redevenir le leader dans les anciens territoires ottomans, dans les Balkans, au Moyen-Orient, en Asie centrale ? » déclarait, il y a peu, Ahmet Davutoglu dans un accès de nostalgie à l’égard de l’Empire ottoman, référence à l’époque où celui-ci dominait alors la civilisation islamique. Instrumentaliser l’islam. C’est d’ailleurs l’un des outils fétiches d’Erdogan : construire des mosquées. Il en a inauguré une en juillet à Istanbul, en plein mois de Ramadan, mais une autre, au chantier pharaonique, verra bientôt le jour sur l’une des collines du Bosphore. Sans compter celle qui portera son nom, dans son village d’origine au bord de la mer Noire, et dont Erdogan a promis qu’elle sera la « plus grande de toute la Turquie ».
Culte de la personnalité à l’Atatürk
En jouant la carte du retour à la religion, le Président Erdogan met à mal le principe de la laïcité, érigé en concept fondamental par le fondateur de la Turquie moderne : Mustafa Kemal, plus connu sous le nom d’Atatürk. Si Erdogan diverge radicalement sur la question religieuse du « Père de la nation turque », il n’en garde pas moins les grandes lignes de son héritage : charisme puissant, personnalisation du pouvoir et nationaliste assumé. Dans un discours prononcé en novembre dernier à l’occasion du 76ème anniversaire de la mort de Mustafa Kemal, Erdogan a appelé la jeunesse à s’imprégner de la « de la personnalité et de l’œuvre du Père de la nation ». Polissant son image de successeur légitime d’Atatürk, Erdogan souhaite s’inscrire dans l’histoire de la Turquie et devenir le sultan qui fera la synthèse entre la grandeur d’un empire prestigieux et d’une république solide dirigée par un leader. Son palais flambant neuf est déjà prêt. Du luxe étalé sur 200 000 mètres carrés et un millier de pièces pour un montant de 350 millions de dollars. Des chiffres vertigineux, à la hauteur de l’ambition personnelle d’Erdogan le Grand.






















