Le 1er novembre prochain, les Turcs se rendront aux urnes pour la deuxième fois cette année. Mais si l’issue de ces élections est très difficile à prédire, il semblerait que l’AKP ne puisse rêver de retrouver sa majorité, au grand dam du président Erdogan.

En juin dernier, le parti de la justice et du développement,  l’AKP, remportait les élections turques avec 41% des voix et 327 sièges sur les 550 que compte le Parlement. Un score honorable mais qui ne lui permettait pas de garder sa majorité, obtenue depuis 2002. Une coalition était donc nécessaire, mais elle n’a jamais été trouvée. Résultat, de nouvelles élections fédérales se tiennent dans le pays le 1er novembre prochain. Et l’objectif du président Erdogan, ancien chef de l’AKP, semble clair. En réorganisant des élections, il espère permettre à son ancien parti d’obtenir 330 sièges, soit trois-cinquième du Parlement. Le cas échéant, Erdogan pourrait engager une réforme constitutionnelle et s’octroyer plus de pouvoir. A l’heure actuelle, le véritable chef du gouvernement n’est pas le président, mais bien son premier ministre, Ahmet Davutoglu, actuellement à la tête de l’AKP. En modifiant la constitution, ce rôle décisif basculerait entre les mains d’Erdogan.

Pas de majorité sans un recul du HDP

Les principaux instituts de sondages créditent le parti des islamo-conservateurs de 38 à 40%, moins qu’aux dernières élections. L’AKP est donc encore bien loin d’occuper les 330 sièges tant désirés. Selon nos sources, le seul moyen pour que le parti parvienne à réaliser cet objectif serait que le HDP, le parti pro-kurde, ne soit plus représenté au Parlement. Pour cela, il devrait passer sous la barre des 10% de voix aux élections du 1er novembre. En dessous de ce seuil décisif, aucun député ne peut être élu. Un scénario possible, étant donné qu’en juin le parti a obtenu 13%, faisant une entrée remarquée au Parlement. Reste à voir si le soutien dont il a bénéficié à ce moment-là sera renforcé ou non par les électeurs turcs. Si le HDP passe une nouvelle fois la barre les 10%, il semble très difficile, voire impossible, pour l’AKP d’occuper les trois-cinquième des sièges. Et si le HDP ne dépasse pas les 10%, cela ne garanti pas non plus une majorité pour le parti de la justice et du développement.

La tenue de troisièmes élections n’est pas à écarter

Avec ou sans la majorité, l’AKP restera très certainement le premier parti du pays. Mais dans le deuxième cas, une coalition sera nécessaire. Sauf rebondissement, deux partis semblent potentiellement pouvoir s’unir au parti de Davutoglu. Le MHP, parti d’extrême droite, et le CHP, parti républicain du peuple. Si aucune coalition n’est trouvée, il est possible qu’Erdogan trouve un moyen d’organiser de troisièmes élections. Cette solution n’est donc pas à écarter.

Attentats d’Ankara, une influence sur les intentions de vote ?

Certains journaux du pays considèrent que les attaques survenues dans la capitale le 10 octobre dernier pourraient servir le parti pro-kurde. Beaucoup font un lien avec les attentats de Diyarbakir, survenus deux jours avant les élections de juin. Pour le quotidien Sabah, « l’attentat de Diyarbakir avait donné deux points de plus au HDP » lors des dernières élections. En Une, le journal s’en prend directement le chef du parti pro-kurde, Selahattin Demirtas, en titrant « Comme à Diyarbakir, Demirtas tire profit des morts ». L’AKP joue évidemment sur cette vague pour tenter de convaincre les électeurs de se détourner du HDP.

Bien qu’il est totalement impossible de deviner les résultats au vu de l’instabilité qui règne dans le pays, tous les sondages prédisent des scores assez similaires aux élections de juin pour l’ensemble des partis, avec un léger recul pour l’AKP. Sauf surprise le 1er novembre, le blocage politique devrait donc encore persister en Turquie après les prochaines élections.