« Pain, liberté, justice sociale ». Sous ce slogan, en 2011, les manifestants du « printemps arabe » se soulèvent. Ils provoquent le départ, en janvier, du président tunisien Ben Ali puis quelques semaines plus tard, du raïs Hosni Moubarak, en Egypte.

L’espoir s’empare du peuple syrien,dans les rues de Damas, Homs ou Derraa.
C’était en mars 2011. Le début d’une guerre qui a déjà fait plus de 240 000 morts. Retour sur quatre ans d’un conflit sanglant.

15 mars 2011
Derraa. « Ton tour arrive Docteur »

Les ressentiments s’accumulent dans le pays. Depuis quarante ans le clan Assad, Hafez le père, puis Bachar le fils, ont instauré un régime autoritaire répressif : les opposants politiques disparaissent, la corruption est généralisée, la liberté d’expression quasiment inexistante.

Au sud du pays, près de la Jordanie, sur les murs d’une école, un graffiti entre dans l’histoire.
Une nuit de mars 2011, quinze enfants, touchés par les images égyptiennes et syriennes, s’introduisent dans l’enceinte de leur école et tracent une simple phrase : « Jay alek el ddoryadoctor » (Ton tour arrive Docteur). Docteur est le surnom de Bachar Al-Assad, ophtalmologiste de formation.

Le lendemain, les quinze enfants sont arrêtés, puis torturés.

En réaction, la population de Derraa se soulève. Les habitants appellent Bachar Al-Assad à des réformes démocratiques et à la fin de la corruption.

Le mouvement est réprimé dans le sang. Quatre personnes sont tuées. La semaine suivante, ils sont 100 à trouver la mort sous les balles des forces de police.

La révolte gagne le pays.

Avril 2011
« Silmya ». Une révolution pacifiste réprimée dans le sang.
Une affiche ayant circulée sur le net en 2011 incitant les Syriens à manifester. (Wikipédia)
Une affiche ayant circulée sur le net en 2011
incitant les Syriens à manifester. (Wikipédia)

Homs, Hama, Deir El Zor… Le soulèvement gagne tout le pays. Les manifestations sont locales et pacifiques, mais elles sont réprimées violemment par le régime Assad. Face aux armes, les manifestants scandent « Silmya» (pacifique).

Bachar Al-Assad parle d’une « conspiration » étrangère contre son pays.

Les ONG réagissent. L’Human Right Watchdénonce des « crimes contre l’humanité ». Elle publie un rapport accablant intitulé « Nous n’avons jamais vu une telle horreur ».

 Juillet 2011 – fin 2011
Un conflit militarisé.
Des soldats de l’ASL nettoient leurs armes. (Wikipédia)
Des soldats de l’ASL nettoient leurs armes. (Wikipédia)

Les forces rebelles s’organisent. L’Armée syrienne libre (ASL) puis le Conseil National Syrien (CNS) sont créés. Le bras armé et politique de l’opposition est en marche.Des déserteurs les rejoignent. Ils attaquent les bases militaires et les places symboliques du régime.
Homs, Hama et des quartiers de Damas deviennent des terrains de guerre. Entre les attentats suicides rebelles et les assauts de l’armée syrienne, les habitants fuient les villes. Après un an de combat, l’ONU dresse un bilan de 9000 morts.

Les puissances étrangères ne trouvent pas de solutions. Au Conseil de Sécurité de l’ONU, on discute d’une possible intervention, mais les alliés d’Assad, russes et chinois, bloquent toute action. Les Etats-Unis imposent des sanctions à Assad, l’Union européenne installe un embargo sur les armes.

En décembre 2011, le conseil des droits de l’homme de l’ONU acte une résolution condamnant les agissements du régime syrien.

2012
Le conflit s’embourbe.
Les médiations internationales n’y changent rien.

Les combats s’intensifient. Malgré les demandes de la Ligue arabe et des Nations-Unies (exceptées la Russie et la Chine), Bachar Al-Assad ne démissionne pas. Il organise un référendum très contesté sur une nouvelle constitution et des élections législatives.

Les Etats-Unis, le Canada, plusieurs pays du golfe,ferment leur ambassade devant la recrudescence du conflit.

En avril 2012, un dernier ultimatum diplomatique est proposé. Kofi Annan est envoyé en Syrie en tant que représentant de l’ONU et de la Ligue arabe pour présenter un plan de paix. Il est accepté par le régime Assad. Un cessez le feu est décrété le 12 avril. Il ne sera pas respecté, malgré la présence des observateurs de l’ONU.

Fin 2012, l’ONU affirme que les rebelles ont aussi commis des crimes de guerre en exécutant des soldats captifs.

Début 2013
Bachar Al assad refuse de négocier avec
«des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger »

Les forces étrangères, dont officiellement les pays du Golfe, fournissent des armes aux rebelles.

En France, François Hollande déclare au journal Le Monde un an plus tard, que le pays a envoyé du « matériel conforme aux engagements européens ».

Les rebelles gagnent du terrain au nord et à l’est du pays. Les combats s’intensifient à Damas et Alep. Rakka devient la première ville entièrement sous contrôle rebelle.

Bachar Al-Assad campe sur ses positions. Il appelle au début de l’année à un dialogue national. Mais précise qu’il refuse de négocier avec « des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger. »

Un million de Syriens sont désormais réfugiés, d’après l’ONU.

Août 2013
La Syrie franchit la « ligne rouge » mais les puissances étrangères n’interviennent pas.

21 août. Faubourg de Damas. Le régime syrien bombarde les quartiers du sud de la ville à l’arme chimique. Selon l’ASL, les bombes contenaient du sarin mélangé à de l’ammoniac. Des experts confirment les accusations rebelles sur la base de vidéos, les Nations-Unies confirment avoir des preuves flagrantes. Plus de 1000 personnes meurent, 9838 sont blessées, d’après le bureau médical local.

Un an plus tôt le président américain Barack Obama avait précisé que l’utilisation de l’arme chimique constituait la « ligne rouge » pour une opération armée… Mais l’intervention promise n’aura pas lieu. Londres, puis Washington se rétractent. Ils passent, avec la Russie, un accord de démantèlement de l’arsenal chimique en Syrie.

2015-10-13-dossier4
Destruction d’Alep après une salve de bombes. Février 2014 (Wikipédia)
2014
Genève 2, une tentative de négociation avortée.

En janvier 2014, la conférence Genève 2 tente de réconcilier les partis belligérants, à Montreux, en Suisse. Un mois plus tard, malgré des pourparlers, la conférence se termine sur un échec.

Les combats reprennent.

2015-10-13-dossier52014
L’arrivée de l’État islamique

Le 29 juin 2014, un nouvel acteur entre officiellement en jeu :  l’Étatislamique (EI), qui existe depuis 2006 et gagne du terrain depuis un an.Il annonce la création d’un califat. Les zones concernées s’étendent d’Alep à l’est de l’Irak.

Abu Bakr Al-Baghdadi en prend la tête.

Pour Francesco Cavatorta, professeur de sciences politiques à l’Université Laval, l’arrivée de l’État islamique marque le véritable tournant dans la guerre en Syrie.

« Ils imposent une alternative territoriale, large et gouvernée au régime de Bachar Al-Assad. »

Mais au delà de cette nouvelle alternative pour les populations locales, l’arrivée de l’EI provoque une prise de conscience internationale : « C’est une phase inédite. Même pendant les pires jours de la guerre civile irakienne, on n’avait jamais eu vraiment une formation militaire, terroriste, insurgée, qui pouvait gouverner un territoire tellement vaste… Cet Etat en formation fait réaliser aux acteurs internationaux que les évènements en Syrie n’ont pas que des répercussions régionales, mais mondiales. C’est une nouvelle phase dans la réflexion des relations internationales dans la région ».

Septembre 2014
La lutte contre l’État islamique

Désormais, les forces étrangères concentrent leurs efforts de guerre sur l’État islamique. En septembre 2014, les États-Unis et cinq pays arabes commencent les bombardements contre l’EI.

Les islamistes attaquent la ville kurde de Kobané. La coalition, les kurdes et l’ASL tiennent tête.

Les Syriens sont de plus en plus nombreux à quitter le territoire. Le Liban ferme ses frontières, après l’arrivée de plus d’un million de personnes depuis le début de la guerre.

En 2014, 76 000 personnes sont mortes en Syrie, d’après les chiffres de l’ONU.

2015-10-13-dossier6
Plus de 4 millions de réfugiés syriens ont fuit le pays depuis 2011. Aris MESSINIS, AFP.
2015
4 millions de Syriens réfugiés

La guerre contre l’État islamique s’intensifie. La Turquie mène des raids avec la coalition en août, la France participe aux frappes en septembre.

Quelques semaines plus tard, la Russie, toujours alliée de Bachar Al-Assad, débute une série de frappes controversées. Elle est accusée d’avoir frappé des bastions rebelles.

En mars 2015, le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme décompte « 220 271 morts depuis le début de la révolte en 2011 ».
D’après Amnesty International, le conflit aurait fait plus de 4 millions de réfugiés en quatre ans.