En janvier 2010, tous les yeux de la planète étaient rivés sur Haïti, victime d’un séisme historique faisant plus de 200 000 morts. Alors que les médias de partout dans le monde mobilisent leurs envoyés spéciaux, les médias haïtiens sont eux-mêmes victimes de l’événement. Le journaliste haïtien Robenson Geffrard était aux premières loges de cette dualité.

Le tremblement de terre qui a secoué Haïti le 12 janvier 2010 n’a épargné personne. Pas même les médias, qui étaient eux-mêmes chargés d’informer la population. À l’époque, Robenson Geffrard était déjà journaliste au quotidien Le Nouvelliste de Port-au-Prince. « La plupart de nos médias étaient dysfonctionnels. On a perdu des proches, on a perdu des collègues journalistes », témoigne-t-il.

« Les premières semaines après le séisme, la plupart des médias ne fonctionnaient pas. Il n’y avait pas cinq médias qui étaient en ligne. » – Robenson Geffrard

Les médias fonctionnels au lendemain du séisme se comptaient sur les doigts d’une main, assure le journaliste. Le Nouvelliste a mis environ une semaine avant de reprendre ses fonctions, se remémore M. Geffrard. Seulement en ligne, prévient-il, puisque les infrastructures pour imprimer étaient « saccagées ». « Comme le reste de la population, on était dans une situation de désarticulation totale ».

Une petite équipe de journalistes a alors repris le travail, dont Robenson Geffrard. « Une chance pour moi, ma maison n’avait pas été véritablement effondrée, je n’avais pas perdu des proches dans le tremblement de terre. J’étais opérationnel le jour même pour archiver, prendre des images », raconte-il. À ce moment, M. Geffrard était également employé dans une station de radio, qui s’est complètement effondrée dans le séisme.

En plus des infrastructures de médias, les journalistes eux-mêmes étaient victimes de la catastrophe. Une différence majeure avec les médias internationaux.

« Il a été plus compliqué pour les journalistes de faire notre travail comme le faisaient les journalistes étrangers qui n’avaient pas de souci de maison effondrée, de proches blessés et de proches tués dans le tremblement de terre. Ils étaient venus dans un esprit de travail. »

À la recherche du négatif

Alors que les médias locaux étaient dysfonctionnels, les médias internationaux ont dépêché des envoyés spéciaux à Haïti. « Ils sont venus chercher quelque chose : les impacts négatifs », explique Robenson Geffrard. « C’est un peu la particularité lorsqu’on est en déplacement pour ces grands événements. » Voilà la différence selon lui entre la couverture des médias locaux et internationaux.

Mais M. Geffrard ne juge pas le travail de ses collègues, dit-il. « Ils ont pris un risque de venir en Haïti. La terre a continué de trembler après le séisme, » rappelle le journaliste.

Il reconnaît également la véracité des faits rapportés par ces médias. « Les journalistes étrangers n’ont pas inventé de faits. Ils ont été sur le terrain pour raconter les faits, et il y en avait [des impacts négatifs]. »

Encore des impacts

Treize ans après la catastrophe, Robenson Geffrard parle des répercussions du séisme de 2010 comme des « plaies béantes ». Or, les médias internationaux s’en sont désintéressés depuis des années.

Sur le plan socio-économique, les impacts du tremblement de terres sont incontournables. Les infrastructures et bâtiments détruits n’ont fait qu’accroître la pauvreté et les difficultés économiques, explique le journaliste haïtien. Le plus grand hôpital au pays, alors détruit, n’a toujours pas été entièrement reconstruit après 13 ans. La ville de Port-au-Prince est toujours méconnaissable, ajoute-t-il. Quelqu’un y ayant mis les pieds avant 2010 ne retrouverait pas ses repères, illustre M. Geffrard.

Mais il s’est passé beaucoup d’événements depuis ce 12 janvier 2010. D’autres catastrophes ont touché le pays, comme un séisme en 2021 et un ouragan majeur en 2016. Sur la sphère internationale, le cycle médiatique tourne rapidement. Dans les deux dernières années, tous les yeux étaient rivés vers la guerre en Ukraine.

« Tout ça joue en notre défaveur en termes d’attention de la communauté internationale », conclut-il.