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Média-école des étudiants en journalisme

Polanski : un débat empoisonné

18 décembre 2019 - 10:12

Roman Polanski, le 4 novembre 2019 à Paris (Crédits Photo: Thomas SAMSON. AFP)


Nora Legrand

Le 13 novembre dernier sortait le film J’accuse de Roman Polanski. Deux semaines plus tard, le 23 novembre, a eu lieu la manifestation « Nous Toutes » qui a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes françaises pour dénoncer les violences sexistes, sexuelles et les féminicides. Le mot-clic #MeToo refait son apparition sur les réseaux sociaux.

Depuis la sortie du film de Polanski et les accusations de Valentine Monnier et d’Adèle Haenel concernant les violences sexuelles qu’elles ont subies lorsqu’elles étaient adolescentes, respectivement par les réalisateurs Roman Polanski et Christophe Ruggia, les réactions s’enflamment.

Sur les réseaux sociaux, les internautes brandissent l’impérissable mot-clic #MeToo aujourd’hui accompagné d’un émoticône intersectionnel sur Twitter. Le hashtag #TimesUp est aussi de mise, rappelant le mouvement Times Up Now créé en janvier 2018 en réponse à l’effet Weinstein. Les français réagissent en appelant à ne pas aller voir le film au cinéma en lançant le mot-clic #BoycottPolanski, mais pas seulement : les américains s’offusquent de voir sortir dans les salles le film de Polanski, toujours considéré comme fugitif aux États-Unis depuis son procès de 1977.

Des personnalités publiques françaises prennent aussi parti dans cette affaire, désignant Polanski comme un martyr de la censure dans ce pays qui protège avec fermeté la liberté d’expression, depuis bien avant les attentats de Charlie Hebdo.

Catherine Deneuve, qui défendait « la drague insistante » et « la liberté d’importuner » dans le journal Le Monde en 2018, ajoute dans un entretien avec l’AFP en août dernier à la première du film à la Mostra de Venise : « Que des gens soient en colère après moi ou qu’ils soient déçus, ce n’est pas mon problème. Quant à l’affaire Roman Polanski, c’est un cas d’école. La façon dont il a été traité est inadmissible. Il a plus que payé. »

« Pourquoi on parle encore 44 ans après de Roman Polanski ? Parce que c’est quelqu’un de connu, un immense metteur en scène, juif en plus, ce qui doit en gêner certains. (…) C’est honteux. À un moment où en Europe il y a sournoisement un mouvement antisémite qui renaît. Au lieu de faire la guerre à Polanski, on devrait le remercier d’avoir fait ce film. » s’indigne la réalisatrice Nadine Trintignant sur la chaîne d’information LCI le 13 novembre dernier, brandissant l’argument de l’antisémitisme qui détourne le débat.

« Je n’y crois pas », déclare Frédéric Mitterand sur Europe 1 le 14 novembre dernier.

Le premier ministre Édouard Philippe s’est aussi positionné : « Je vais aller le voir avec mes enfants », parce que « l’affaire Dreyfus est un sujet qui me passionne depuis très longtemps et parce que ceux qui l’ont vu m’ont dit que c’était un bon film », a-t-il déclaré le 21 novembre au micro de France Inter, ce qui a provoqué un tollé à l’international sur Twitter.

Une juriste française, Morgane Tirel, s’est exprimée dans un entretien avec Le Point le 25 novembre dernier concernant la situation, vivement débattue sur les réseaux sociaux à l’international par des féministes ou non : « Ne bafouons pas le droit ! » défend-t-elle. « La défiance qu’un nombre grandissant de citoyens manifestent à l’égard de la justice, de plus en plus débordée par ce qu’elle nomme le ‘‘tout-puissant tribunal médiatique’’ » ne doit pas empiéter sur les pouvoirs de la justice selon la juriste.