Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Plus de peur que de mal, selon un Ivoirien qui réside au Québec

20 novembre 2020 - 21:40

Ibrahima Massagninni Kone est originaire de la Côte d'Ivoire. Il est venu au Québec en 2015 pour poursuivre son doctorat en relations publiques. (Photo courtoisie)


Myriam Boulianne

Ibrahima Massagninni Kone est étudiant au doctorat en relations publiques à l’Université Laval et originaire de Korhogo en Côte d’Ivoire. Il habite au Québec depuis cinq ans, mais demeure très informé de la situation politique de son pays d’origine. L’Exemplaire s’est entretenu avec lui.

 

Est-ce que vous êtes impliqué dans la politique ivoirienne ?

J’ai soutenu le président Alassane Ouattara aux élections de 2010 et de 2015. Mais pour 2020, j’ai décidé de m’abstenir et de ne pas m’affilier à un parti politique.

Est-ce que vous appréhendiez les élections du 31 octobre 2020 en Côte d’Ivoire ?

À partir du moment qu’il y a eu le rejet de 40 candidatures à la présidence, dont de l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’ex-président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, j’étais très inquiet. Je craignais le jour du scrutin. L’opposition a appelé au boycott et à la désobéissance civile, et même, elle disait qu’il n’allait pas avoir d’élection. Il y a eu plusieurs blessés et des morts jusqu’à la date de l’élection.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez su que Ouattara avait été réélu ?

Le résultat ne m’a pas surpris. Même si l’opposition a appelé à la fraude, il n’y a pas eu de contestations des résultats. Il y a encore des voix qui s’élèvent pour les dénoncer, mais je crois qu’on a besoin de paix et de stabilité et qu’il faut désormais accepter Ouattara comme président.

Alassane Ouattara et Henri Bédié, ancien président et principal opposant, se sont rencontrés le 11 novembre. Est-ce que vous croyez qu’il y aura un dialogue entre les deux?

Oui, je crois qu’il peut y avoir une entente entre les deux. Il faut savoir que Ouattara et Bédié ont déjà été des alliés sur la scène politique. On suppose qu’à la suite de cette rencontre il va y avoir une porte de sortie, une sorte d’accalmie. Je crois que c’est possible qu’il y ait un retour au calme à la suite du dialogue entre les deux. Il pourrait y avoir une cassure de l’opposition, mais je pense que ce premier pas va certainement apaiser les tensions.

Selon vos proches qui habitent en Côte d’Ivoire, comment se passe la situation sur le terrain ?

Avant les élections, il y avait une crainte sur comment allait se dérouler les élections. La population s’attendait à un autre coup d’État ou à ce que l’armée prenne le pouvoir. Ma mère s’approvisionnait déjà, en prévision que cela arrive. Sur le terrain, le mot d’ordre de l’opposition était respecté dans quelques villes. Il y a eu des manifestations qui ont été réprimées par le parti au pouvoir dans des villes où l’opposition a plus de poids. Ça a alimenté les tensions entre les Ivoiriens du nord et les Ivoiriens du sud. Ça frôlait une guerre tribale. Mais ça n’a pas été le cas. Actuellement, maintenant que les élections sont passées, les gens sont plus calmes et pensent que la situation va s’améliorer.

Comment suivez-vous l’actualité en Côte d’Ivoire maintenant que vous habitez au Québec?

Je m’informe avec Youtube. Par exemple, je suis la chaîne d’information nationale. Je suis aussi sur les réseaux sociaux. Par contre, je me rends compte qu’en habitant à l’étranger, j’ai plus de craintes que ceux qui habitent en Côte d’Ivoire. Ces derniers sont peut-être moins conscients des manifestations et des violences, puisque la chaîne nationale ne diffuse pas toute l’information. Quand on habite à l’étranger, on est plus exposés aux manifestations sur les réseaux sociaux et dans les médias étrangers. Par exemple, les manifestations qui ont été réprimées ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. Il y a aussi France24 qui a diffusé plusieurs images des manifestations. Mais ces manifestations se déroulent dans des villes isolées. Cela ne contribue pas à nous rassurer.

Qu’est-ce que vous souhaitez pour votre pays et la situation politique ?

Lors de l’adoption de la nouvelle Constitution en 2016, la limite d’âge de 75 ans pour être candidat à la présidentielle a été retirée. Donc, ça veut dire que Ouattara (78 ans) Gbagbo (75 ans) ou Bédié (86 ans) peuvent se représenter à des élections. Ces trois personnes ont occupé la scène politique ivoirienne depuis plus de 30 ans, et de par leurs querelles ont apporté plus de crises au pays que de stabilité. Personnellement, je crois qu’ils devraient quitter la scène politique et laisser leur place à une nouvelle génération. Je souhaite aussi le retour des exilés politiques au pays, et que le gouvernement accepte de libérer les prisonniers politiques. On pourra ainsi avoir un climat plus apaisé et ça donnera un signal qu’il est possible de pouvoir participer à la vie politique sans avoir peur de représailles du parti au pouvoir.