Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Nouveau regard sur l’intérêt des étudiants en journalisme pour la spécialisation thématique

16 octobre 2018 - 13:07

Annelise Touboul, enseignante et chercheuse en information-communication à l’Université Lumière Lyon 2, était à l’Université Laval pour présenter ses recherches sur les candidats à son programme de Master. (Crédit photo : Emy Lafortune)


Emy Lafortune

Les étudiants en journalisme manifestent un intérêt mitigé face aux spécialisations thématiques en général, et sont encore moins attirés par une spécialisation sur le numérique. C’est du moins ce que suggèrent les recherches de Annelise Touboul, professeure et chercheuse en information-communication à l’Université Lumière Lyon 2.

Depuis cette année, les élèves du Master en journalisme de l’Université Lumière Lyon 2 peuvent choisir entre trois options de spécialisation thématique. À la suite de cette refonte, Mme Touboul et son équipe ont analysé plus d’une centaine de lettres de motivation rédigées par des candidats à ce programme d’études. Leur but : évaluer l’intérêt des étudiants quant à cette proposition de spécialisation. La professeure était à l’Université Laval le 11 octobre 2018 pour présenter les résultats de cette recherche pendant le Colloque du Réseau Théophraste, un groupe mondial de chercheurs, d’écoles et de centres francophones de formation en journalisme.

Premier constat de Mme Touboul : les spécialités proposées n’ont pas semblé intéresser les candidats. Plus de la moitié d’entre eux ont omis d’en faire la mention dans leur lettre de motivation, amenant la chercheuse à qualifier la nouvelle offre de « flop, à peu près ».

Les chercheurs ont aussi remarqué que parmi les trois options de spécialisation, celle sur la « culture numérique » a fait l’objet de moins d’intérêt de la part des étudiants. Sans savoir la cause exacte de ce désengagement, Mme Touboul croit que «  [les candidats] ont l’impression qu’on les enferme dans quelque chose de trop étroit, ils ne se sentent pas assez technophiles […]. Ils ont une lecture un peu erronée de ce qu’on propose. L’idée n’est pas de faire des webjournalistes, mais bien des gens qui peuvent suivre les enjeux socioculturels liés au numérique ».

Les autres spécialisations offertes aux étudiants dans le cadre du Master relèvent de « l’international et de l’espace francophone » et des « méta-médias et de la citoyenneté ».

Gagnante, la spécialisation thématique

 Malgré l’apparente indifférence des candidats face aux spécialisations thématiques, les élèves auraient tout avantage à se spécialiser, selon Mme Touboul.

Pour elle, la spécialisation ne ferme pas de portes aux étudiants : « Je pense qu’à l’entrée dans la formation, il y a une soif d’infini et de possibilités. [Le journalisme généraliste] est un choix qui est associé à une liberté de sujets et de pratiques. La spécialisation est perçue comme une restriction à cette liberté. Mais c’est juste une carte de plus dans leur jeu, ça ne leur en enlève pas. »

Pour Jean-Marc Fleury, journaliste et professeur en journalisme scientifique, la spécialisation thématique ne peut qu’ouvrir des portes aux étudiants. (Crédit photo : Emy Lafortune)

Jean-Marc Fleury, journaliste scientifique, professeur invité et titulaire de la Chaire de journalisme scientifique de l’Université Laval, abonde dans le même sens :

« Je pense que se spécialiser dans un domaine, c’est plus satisfaisant, parce qu’on développe des contacts, un réseau, une façon de travailler qui nous simplifient la vie. On peut plus facilement trouver des exclusivités, animer des débats, et enrichir l’information. »

Pour lui, les journalistes spécialisés seront aux prises avec les mêmes défis que leurs collègues généralistes au cours des prochaines années, dont celui de réinventer le métier afin de rester d’actualité. Réalité qu’ils affronteront cependant en étant mieux outillés.