Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

L’information, force vitale de la liberté

15 octobre 2018 - 23:12

Plusieurs médias internationaux et agences de presse ont mis en place leurs propres plateformes de vérifications des faits. Celles-ci servent de point de référence pour le public en quête de repères. (Crédit photo : Jérémi Trudel)


Jeremi Trudel

La véracité des informations publiées dans les médias occidentaux est considérée comme l’objectif ultime des journalistes. Néanmoins, cela n’est pas suffisant pour mettre un frein aux campagnes de propagande et de fausses nouvelles qui circulent dans la sphère publique. Pour le spécialiste en éthique journalistique et en lutte contre la désinformation, Thomas Kent, la vérité demeure menacée par la diffusion de mensonges intentionnels.

De passage à l’Université Laval dans le cadre du Colloque Théophraste, Thomas Kent s’est prononcé sur les principaux défis du journalisme pour contrer la propagande. Selon lui, bien que « les gens croient que la propagande étrangère est en train de détruire l’Occident […] il ne faut pas paniquer, car la vérité n’est pas morte. » Le fait que plusieurs États mobilisent des ressources à la désinformation montre que ces pays sont désespérés, précise-t-il.

Pour les propagandistes, l’intention prioritaire est de créer la controverse auprès d’une population ciblée en faisant usage de messages sophistiqués. En l’occurrence, moult moyens sont utilisés contre les journalistes et les professionnels de l’information : « dans plusieurs pays, les régimes répondent à notre travail par l’arrestation et l’emprisonnement des correspondants, par le blocage des sites internet et par le brouillage des signaux radio », soutient monsieur Kent.

La volonté de détruire les croyances existantes en les remplaçant par une nouvelle structure idéologique est tributaire d’un mépris de la vérité de la part de certains États. Les campagnes de désinformation cherchent à miner les sources d’information officielles en présentant une nouvelle version de la réalité. En occident, l’éducation de la population et la méfiance envers l’autorité sont les principaux obstacles à la propagande.

L’Ère du numérique et les nouvelles technologies exacerbent la diffusion de messages erronés. « La propagande peut maintenant être directe et envoyée à des millions de personnes. Dans les prochaines années, nous verrons des vidéos convaincantes, créées avec une précision étonnante, qui présenteront des événements qui ne sont jamais survenus. Même les experts auront des problèmes à prouver qu’elles sont fausses », a déploré le spécialiste de la désinformation.

« Autrefois, on croyait que la sagesse collective allait noyer les fausses informations. » — Thomas Kent

Au rythme où évoluent les stratégies, les moyens ainsi que les objectifs des propagandistes, les conséquences politiques pourraient se manifester sous diverses formes. Les fausses vidéos sont susceptibles d’engendrer des émeutes, de faire basculer le résultat des élections ou encore de semer la panique dans la société civile. Dans d’autres cas, au sein des réseaux de propagande développés, ces vidéos mensongères peuvent être répétées et republiées des millions de fois par des individus crédules.

À l’heure actuelle, alors que la confiance du public envers les médias atteint un creux historique, les géants du web tels que Google et Facebook cherchent à renverser la tendance. Ils ont entre autres pris la décision de combattre la désinformation en ligne en Europe. En effet, ils se sont engagés à ne plus distribuer d’annonces publicitaires aux sites internet qui diffusent des fausses nouvelles, tout en soutenant que les sources d’informations doivent être clairement déterminées.

À la suite de la mise en vigueur de ces mesures, des résultats positifs ont émergé. « Ces sociétés sont en train de refaire leurs algorithmes pour que les fausses nouvelles soient moins visibles aux yeux des utilisateurs. Par exemple, les engagements de Facebook, en calculant ; la somme des j’aime, des partages et des commentaires des sites de fausses nouvelles a diminué de 50 % entre l’élection américaine de 2016 et l’été 2018 », s’est-il réjouit.

Pour Thomas Kent, bien que la liberté soit une valeur fondamentale humaine, il revient alors aux sociétés libres et démocratiques de retrouver leur fierté dans les fondements de leur création.