Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Le journalisme d’investigation, une « plus-value » pour la profession

16 octobre 2018 - 14:33

« Je pense que l’avenir de la presse écrite, c’est la recherche de la plus-value », déclare Gérard Davet, grand reporter au journal Le Monde. (Crédit photo : Audrey Sanikopoulos)


Audrey Sanikopoulos

Le colloque du Réseau Théophraste a été aussi l’occasion pour de nombreux professionnels du milieu journalistique d’échanger sur l’avenir du métier. Lors d’une table ronde sur le journalisme d’investigation, les journalistes Gérard Davet, Isabelle Hachey et Antoine Robitaille ont abordé leur vision de cette spécialité, qui connaît récemment un regain de popularité auprès des lecteurs.

« L’enquête, c’est ce qui fait la crédibilité d’un journal », affirme Antoine Robitaille, chef du bureau parlementaire au Journal de Montréal. Récemment, les dossiers d’enquête journalistique ont envahi les médias, et le Québec n’a pas été épargné la dernière année avec toutes les révélations qui ont été faites, notamment lors du mouvement #MoiAussi.

Mais le journalisme d’enquête n’est-il vraiment qu’une spécialisation dans le métier ? Pour Gérard Davet, grand reporter au quotidien français Le Monde, « tout journaliste fait de l’investigation ». Et si l’enquête reste importante, c’est « qu’il y a tellement de fake news maintenant que cela prend des gens qui prennent du recul, qui mettent un éclairage différent [sur les événements] », affirme Isabelle Hachey, journaliste d’investigation au journal La Presse.

Pourtant, le journalisme d’investigation rencontre de nombreuses embûches. Il s’agit d’un travail qui demande la mobilisation d’un ou plusieurs journalistes sur une longue période, ce qui n’est pas une solution envisageable pour tous les médias, particulièrement pour les quotidiens régionaux qui n’en ont pas les moyens. Et malgré la loi sur la protection des sources, adoptée au Québec en mai dernier, et les affaires concernant les journalistes Patrick Lagacé et Marie-Maude Denis, l’approche des sources reste compliquée. « L’enquête, c’est mettre en lumière des faits qui sont cachés, mais c’est difficile, ça prend des sources confidentielles », rappelle d’ailleurs Isabelle Hachey.

Le numérique, un complément au travail du journaliste d’enquête

Le numérique a désormais trouvé sa place au sein du journalisme d’investigation, et certains des nouveaux moyens mis en place facilitent le travail du journaliste, comme les Dossiers Secrets au Journal de Québec, qui permettent aux sources d’envoyer des informations en toute confidentialité. Pour le chef du bureau parlementaire du Journal de Montréal, cette initiative est un succès : « On a eu des documents intéressants qui nous ont permis de déclencher des enquêtes ».

Pour autant, la plupart des sources sont encore peu réceptives à ces nouvelles méthodes de partage de l’information, comme le soutient Antoine Robitaille : « Cela rebute un certain nombre de sources qui souhaitent y aller de manière conventionnelle ».

Si le numérique apporte de nouvelles approches de travail pour les journalistes, les invités de la table ronde rappellent que cela ne remplacera pas pour autant l’aspect humain du métier. Pour le grand reporter Gérard Davet, qui a eu recours au datajournalisme lors de son enquête sur le dossier Swiss Leaks, « un journaliste digne de ce nom doit incarner ses articles, ce qu’un robot ne pourra jamais faire ».