Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Le Canada devra refaire ses calculs stratégiques

13 novembre 2016 - 22:58

Le Parlement canadien à Ottawa. Source : Elsa Iskander


Elsa Iskander

Les États-Unis partagent une frontière de près de 9 000 kilomètres avec le Canada. Nos voisins du Sud sont également notre premier partenaire commercial. Les deux pays réalisent deux milliards de dollars d’échanges bilatéraux chaque jour via l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), selon l’AFP. Affaires mondiales Canada estime, de son côté, que plus de 70 % des exportations canadiennes se dirigent vers le pays de l’Oncle Sam. Compte tenu des relations étroites entre les deux pays, le résultat de l’élection présidentielle américaine pourrait bel et bien avoir des impacts sur le Canada. Avec la victoire du candidat républicain Donald Trump, le gouvernement libéral de Justin Trudeau pourrait devoir réajuster sa stratégie en matière de politique étrangère.

 

«Pour le Canada, au niveau diplomatique, ce n’est pas une bonne nouvelle. Ça veut dire que la partie est complètement bouleversée. Il faut refaire l’ensemble des calculs stratégiques», indique Louis Bélanger, directeur de l’Institut québécois des hautes études internationales. Le discours de Donald Trump est parfois aux antipodes des aspirations du gouvernement canadien. On peut songer aux positions divergentes sur la lutte aux changements climatiques, illustre M. Bélanger, en entrevue avec L’Exemplaire. En ce qui concerne ce dossier en particulier, le Premier ministre canadien a fait savoir que son gouvernement entend garder le cap, rapporte La Presse canadienne.

 

Accords commerciaux

Durant la campagne électorale, «on a vu un Donald Trump qui remettait en cause beaucoup d’accords internationaux au niveau du libre-échange et de partenariats économiques», fait remarquer Maxime Minne, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. «Donald Trump avait quand même martelé pendant toute cette campagne électorale le retour à un certain protectionnisme, donc il va falloir que le Canada négocie avec une personne qui est beaucoup plus protectionniste.» Il faudra aussi surveiller les personnes clés que le président élu va choisir dans son administration, dit M. Minne à L’Exemplaire.

 

En campagne, le magnat de l’immobilier avait souhaité une renégociation de l’ALÉNA. Quelques jours après la victoire de Donald Trump, le Premier ministre canadien a indiqué qu’il était ouvert à discuter des accords commerciaux «comme l’ALÉNA ou tout autre accord commercial», d’après les informations relayées par La Presse canadienne. M. Trump a également promis de rejeter le Partenariat Transpacifique. Or, le gouvernement canadien est en faveur de cet accord qui était en phase finale, rappelle M. Bélanger. Également, le Canada avait entamé des discussions exploratoires en vue d’un possible accord de libre-échange avec la Chine. «Compte tenu de l’animosité évidente, marquée de Donald Trump pour la politique commerciale chinoise, est-ce que ça va être possible pour le Canada, diplomatiquement, d’aller de l’avant sur un dossier comme celui-là, sans s’attirer les foudres, les pressions de Washington?», interroge M. Bélanger.

 

À l’échelle du Québec, le dossier du bois d’œuvre devra être surveillé, selon M. Minne, ajoutant que la question sera de savoir si Ottawa et Washington pourront s’entendre sur un nouvel accord. «L’influence de l’élection américaine sur notre économie pourrait être très significative, notamment en région, partout au Québec mais notamment en région, dans l’industrie de la forêt, compte tenu des discussions sur le bois d’œuvre», a d’ailleurs mentionné le Premier ministre québécois, Philippe Couillard, à l’Assemblée nationale, au lendemain des élections américaines.

 

Enjeux sécuritaires

En ce qui a trait aux questions de sécurité, M. Trump a souhaité une réforme au niveau de l’OTAN. Il a également proposé de sécuriser davantage la frontière américaine. S’il n’a pas l’intention de construire un mur à la frontière canadienne, des questions méritent tout de même d’être soulevées. «Est-ce que M. Trump va sécuriser la frontière d’une façon plus importante, plus chère?», interroge Anessa Kimball, professeure agrégée au département de science politique de l’Université Laval, en entrevue avec L’Exemplaire.

 

Le président désigné des États-Unis s’est aussi engagé à détruire le groupe armé «État islamique». Mme Kimball laisse entendre qu’il est possible que nos voisins du Sud en demandent plus de la part du Canada. Au-delà des questions sécuritaires, la professeure croit possible qu’il y ait «plusieurs points de friction entre le Canada et les États-Unis». La question étant : «est-ce qu’il va y avoir des changements de fond dans la relation ou est-ce que ça va être plus des frictions à la marge?»

 

En outre, un des dossiers à surveiller est celui de l’Arctique, avance Mme Kimball. «On voit déjà l’émergence d’une relation importante entre Trump et Poutine. Est-ce qu’il y a une possibilité que dans l’Arctique, il va se trouver une certaine entente qui va complètement omettre le rôle du Canada?»