Les tensions entre le Canada et la Chine ne risquent pas de s’améliorer avec les élections fédérales. © AFP
Les tensions entre le Canada et la Chine ne risquent pas de s’améliorer avec les élections fédérales. © AFP

Les relations entre le Canada et la Chine ne sont pas au beau fixe. Depuis l’arrestation de la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou en 2018, les tensions persistent avec l’Empire du milieu, qui avait notamment rétorqué avec l’arrestation de deux citoyens canadiens. La gestion de la relation avec la Chine sera l’un des principaux enjeux de ces élections fédérales au niveau de la politique étrangère, avec plusieurs éventualités à considérer selon le parti qui sortira vainqueur de ce scrutin.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a fait un choix remarqué en décidant de s’abstenir de voter au Parlement, en février dernier, pour reconnaître le traitement de la minorité musulmane des Ouïghours par la Chine comme étant un génocide. Si la motion déposée par le Parti Conservateur a été votée à l’unanimité, l’attitude du gouvernement Trudeau a été fortement critiquée par leurs adversaires politiques. Mais la raison est la suivante : ne pas froisser les relations déjà tendues avec la Chine, suite à l’arrestation de la dirigeante financière de Huawei Meng Wanzhou en 2018 à Vancouver à la demande des États-Unis. Ne pas froisser ces relations car depuis, la Chine détient en captivité deux citoyens canadiens, Michael Korvig et Michael Spavor. En cas de changement de gouvernement, la donne pourrait être bien différente. Erin O’toole, le chef conservateur, a d’ores et déjà annoncé via sa plateforme électorale qu’il comptait « s’éloigner de la Chine » pour soutenir les minorités Tibétaines, Ouïghours, les Hongkongais, chrétiens de Chine et adeptes du Falun Gong. Les conservateurs iraient même plus loin en interdisant les appareils Huawei fabriqués en Chine et son réseau 5G et en retirant le Canada de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures. Un son de cloche similaire du côté du NPD, qui compte « tenir tête à la Chine » en soutenant notamment les demandeurs d’asile Hongkongais prodémocratie et en dénonçant les violations des droits de l’homme du pouvoir chinois.

« La Chine est l’un des plus grands défis auxquels fait face le Canada »

Une chose est certaine, le Canada ne semble pas en mesure de pouvoir continuer sur cette voie et va devoir réfléchir à des solutions pour ne pas sortir perdant de cette crise diplomatique. Pour Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, « la Chine est l’un des plus grands défis auxquels fait face le Canada ». Selon lui, les dernières années ont permis d’en apprendre beaucoup sur la Chine et ses agissements, et « le prochain gouvernement, quel qu’il soit, va devoir revoir en profondeur la stratégie du pays vis-à-vis de la Chine […] il ne s’agit pas de couper les liens, mais d’avoir une stratégie beaucoup plus ciblée sur la défense de nos valeurs et de nos intérêts, faire preuve d’une plus grande fermeté, sinon ce sera la Chine qui dictera les règles du jeu ».

La nécessité de coopérer à l’échelle internationale

Changer de stratégie sans pour autant se mettre la Chine à dos, une éventuelle solution, certes, mais qui ne pourra pas se prendre sans l’appui de plusieurs autres pays. « Hormis les États-Unis, aucun pays seul ne peut s’opposer à la Chine […] il faut travailler avec des pays amis, le gouvernement de monsieur Trudeau a commencé cela avec la déclaration contre les détentions arbitraires dans les relations d’Etat à Etat qui a été adoptée en février » explique Guy Saint-Jacques. Justin Trudeau a en effet déclaré qu’il avait été le fer de lance de cette déclaration, en faisant notamment le lien entre celle-ci et la détention des deux citoyens canadiens par Pékin depuis 2018. Parmi les partis candidats aux élections fédérales, les conservateurs et le NPD proposent donc de s’éloigner de la Chine. « Tous les partis doivent être attentifs à l’opinion publique canadienne, qui est devenue très négative par rapport à la Chine, ce sont des mesures efficaces qui sont proposées par les conservateurs, mais il va falloir travailler pour qu’elles soient mises en place de concert avec d’autres pays » souligne Guy Saint-Jacques. Pour l’ancien diplomate, le sommet de la démocratie que compte organiser Joe Biden avant la fin de l’année pourrait être une bonne occasion pour « s’entendre sur des mesures communes ». Si les libéraux n’ont pas encore communiqué de position claire, c’est qu’il « n’y a pas d’unanimité à ce sujet » au sein du parti, et en cas de gouvernement minoritaire pour eux, Justin Trudeau pourrait être poussé vers la sortie. Guy Saint-Jacques s’avouerait alors curieux de « voir la position d’un nouveau chef à ce sujet ». La position du Canada vis-à-vis de la Chine sera donc l’un des enjeux de ces élections fédérales de 2021, et sera sûrement différente selon l’issue de ces dernières et le parti qui en sortira vainqueur.