Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Journalisme communautaire : les enjeux de la numérisation

15 octobre 2018 - 22:54

"Il y a 15 ans [...] les gens ne disposaient pas des moyens technologiques à la maison pour le faire [enregistrer une émission] c’était moins accessible" dévoile Marjorie Champagne. Crédit photo: Lindsay Aïda Gueï


Lindsay Gueï

Du 10 au 12 octobre dernier se tenait à l’Université Laval, le Colloque international du réseau Théophraste. Organisé par le département de l’information et de la communication de cette université, de nombreux intervenants se sont exprimés sur le thème des enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère numérique. Aude Jimenez, experte dans le domaine de la radio communautaire, dévoile ses appréhensions face au numérique.

Cette enseignante, titulaire d’un doctorat portant sur ces radios, partage sa vision concernant la place du numérique dans les radios communautaires. Ayant fait de la radio pendant quinze ans, elle a suivi de près l’évolution de ces médias, faisant très souvent office de radio-école où commencent les journalistes. Parfois qualifiées de « laboratoires radiophoniques », elles possèdent trois mots clés attrayants selon l’enseignante : alternatives, innovantes et créatives. Toutefois, Aude Jimenez dénonce l’état de « survie » dans lequel ces radios sont actuellement. Charge de travail importante et manque de financement, elle démontre que l’arrivée du numérique ne soulage pas forcément les bénévoles.

Journaliste orchestre : partie intégrante de la radio communautaire

D’après Aude, le terme « journaliste orchestre » est dans l’ADN de la radio communautaire. De la technique à la prise de parole au micro, il passe par tous les chemins. Comme un bricoleur, il travaille, répare et entretien sa radio avec des moyens de fortune. Ces radios, fief de la contribution volontaire et bénévole, nécessitent une certaine polyvalence de la part ses contributeurs. Elle rapporte : « quand on fait du journalisme dans ces médias-là, on remplace celui qui n’est pas arrivé le matin, on se met à la mise en ondes parce que le technicien n’est pas là etc.. ».

Cependant, Marjorie Champagne, animatrice à la radio communautaire CKIA FM, ne partage pas le même avis. D’après elle, même si ces radios demandent d’être multitâches, ce n’est pas une nécessité, il arrive qu’il y ait de grandes équipes aussi.

Le modèle communautaire numérique

L’évolution du numérique dans le secteur de la radio communautaire possède de nombreux avantages et inconvénients. D’un point de vue positif, Marjorie Champagne témoigne des facilités qu’ont apportées les différents outils numériques dans l’exercice de ses fonctions.

Malgré la place de choix que possède le numérique dans ce secteur, il y a des limites. En effet, la crise du domaine médiatique actuelle aggrave le mode « survie » de la radio communautaire. D’après l’enseignante, le problème est surtout politique. Elle explique « [qu’] au Québec, avec l’arrivée du parti libéral, il y a eu énormément de coupures au niveau des subventions […] le numérique n’a pas empêché ces problèmes ». Cependant, elle rajoute que c’est avant tout l’humain qui permet de faire vivre la radio communautaire. C’est grâce aux bénévoles, aux personnes passionnées et au sentiment d’appartenance des auditeurs que ces radios persistent malgré tout.