Les tensions entre Téhéran et Washington durent depuis maintenant 1979, mais se sont amplifiées depuis le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne, en 2018. (Montage visuel : Frédérique Bérubé)

Destructions par l’Iran d’un drone américain, assassinat du général iranien Qassem Soleimani, attaques de milices pro-iraniennes en Irak, les tensions entre Téhéran et Washington se sont exacerbées dans les quatre dernières années. Les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne reprenant cette semaine, les États-Unis se disent prêts à « envisager toutes les options » si l’Iran ne respecte pas à nouveau l’accord signé en 2015. Monsieur Sami Aoun, professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, pense que l’Iran est dans une position de force et pourra imposer ses conditions. 

Le conflit sur le nucléaire, opposant l’Iran et les États-Unis, perdure depuis 1979. Selon M. Aoun, les tensions entre les deux pays se sont, toutefois, amplifiées à la suite du retrait des États-Unis de l’accord de Vienne. Ce dernier offre à l’Iran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique et d’une réduction de son programme nucléaire.

Le retrait des États-Unis, en 2018, signifiait donc un retour aux sanctions économiques américaines en Iran. Souhaitant rester dans l’accord, ce pays du Moyen-Orient avait menacé de reprendre ses activités d’enrichissement d’uranium, ce qu’il fait à la suite de l’assassinat du général Qassem Soleimani, par l’armée américaine.

Selon un rapport de l’ONU, la quantité d’uranium accumulée surpasse plus de douze fois la limite autorisée. « Ils produisent autour de 25 kilos d’uranium pur et le taux d’enrichissement a atteint le seuil des 60 % », affirme M. Aoun, soit 30 % moins que le seuil nécessaire pour confectionner une arme nucléaire. Il estime que l’Iran aura atteint les 90 % essentiels à la fabrication d’une bombe atomique d’ici cinq ans. « Même s’ils insistent que ce n’est que pour des missions de paix ou des usages de pacification, personne n’y croit », partage-t-il.

Des négociations complexes et longues

Les États-Unis ne sont pas les premiers à devoir s’inquiéter de la réponse iranienne, selon M. Aoun. « À vrai dire, les Américains ont survécu aux ogives nucléaires soviétiques et chinoises. Ce n’est donc pas une menace existentielle pour eux que la puissance iranienne soit nucléaire ». Selon lui, ceux qui doivent s’en alarmer sont Israël, l’Europe et les pays du Golfe Persique. « L’Iran a des missiles balistiques qui pourraient toucher de plein cœur les grandes villes européennes et Israël pourrait être menacée de destruction totale par ces missiles ».

Selon M. Aoun, les Iraniens refuseront de négocier leurs missiles balistiques et leur expansion à Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. (Crédit photo : Frédérique Bérubé)

D’après le professeur, le principal avantage pour les États-Unis d’une signature de l’Iran consiste au retour des investissements pétroliers américains dans le pays. De plus, « l’Iran est une pièce importante [pour les États-Unis] dans leur grande stratégie de limiter l’expansion de la Chine », laquelle a passé, en septembre dernier, une alliance avec l’Iran. Les Iraniens auraient, quant à eux, davantage de liquidité et de marge de manœuvre étant donné les sanctions économiques levées.

Ils refuseront, toutefois, de négocier leurs missiles balistiques et leur expansion à Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa, selon M. Aoun. Ils pourront également imposer leurs conditions, telles que la fin des sanctions américaines et la récupération de capitaux iraniens gelés. Le pays se trouve, en effet, dans une position avantageuse, puisque ce sont les États-Unis qui s’en sont retirés. Joe Biden, qui tente de réintégrer le pacte depuis son élection, assure qu’il lèvera les sanctions si Téhéran l’applique à nouveau. Il se dit, par ailleurs, prêt à « envisager toutes les options » si ce dernier ne coopère pas.

En effet, une réponse négative de la part de l’Iran aura des conséquences. « Est-ce qu’on va donner le feu vert à Israël de frapper [l’Iran] avec une promesse que les Américains viendront secourir l’armée israélienne ? Est-ce que [les Américains] vont frapper les ports iraniens où l’on prétend que les drones se trouvent ? Est-ce que les talibans vont faire pression sur les Iraniens en Afghanistan ? Il y a plusieurs scénarios possibles », déclare M. Aoun.

Cependant, ce dernier ne croit pas en un scénario de guerre totale et affirme que des alternatives seront possibles pour les États-Unis, si l’Iran refuse de respecter l’accord. Chose certaine, les négociations seront complexes et exigeront plus d’une séance.