Entre tensions et coopération, Washington revient en Afrique. Crédit photo : Derrick Cakpo

Washington veut définir une nouvelle ligne de conduite avec le continent africain. Avant l’arrivée de l’administration Biden, la politique africaine de l’ancien locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump a suscité beaucoup de tensions avec les pays africains. Mais visiblement, une nouvelle donne se met en place. En témoigne la tournée effectuée du 17 au 20 novembre par le chef de la diplomatie américaine, à travers le Kenya, le Nigeria et le Sénégal. Il s’agit de la première tournée africaine pour Antony Blinken. Même si cette visite s’est affichée moins politique que commerciale, il a été tout de même beaucoup question de démocratie, un sujet souvent au centre des débats et des prises de position de Washington face aux pays du continent.

Des « pays de merde », un bout de phrase qui sonne mal dans l’oreille des Africains qualifiés par Donald Trump en janvier 2018. Une déclaration qui sera démentie par la suite, mais qui n’aura pas laissé indifférents les acteurs du continent. Et ce n’est qu’une illustration des relations tumultueuses que l’ancien président américain a eues avec les pays africains. Même s’il a ouvert les portes de ses bureaux à plusieurs dirigeants du continent, lui-même n’a jamais émis le désir de se rendre en Afrique. Donald Trump était peu intéressé par l’Afrique et ne l’a d’ailleurs pas caché dans ses actes.

La première tournée d’Antony Blinken sur le continent  « a un avantage, celui de tourner la page de Donald Trump qui avait traité les pays africains de pays de merde. À tout point de vue, politiquement, diplomatiquement, et même humainement, cette assertion n’a pas arrangé les relations des États-Unis avec l’Afrique. », selon Régis Hounkpè, analyste géopolitique.

Le Nigeria et l’Éthiopie, cas par cas

Les tensions entre Washington et Addis-Abeba se sont considérablement dégradées ces derniers mois au point où les États-Unis demandent à leurs ressortissants de quitter le territoire éthiopien. En effet, le conflit entre le gouvernement fédéral et les rebelles du Tigré s’est transformé en une guerre avec une issue très incertaine. Les rebelles envisagent de marcher sur Addis-Abeba, la capitale, le Premier ministre Abiy Ahmed promet d’aller au front lui-même afin de les combattre. Le pays vit donc des heures difficiles et semble être abandonné par son ancien allié américain qui se désole de l’échec de toutes les voies de négociation pour tenter de ramener la paix dans le pays.

Régis Hounkpè, Directeur exécutif d’InterGlobe Conseils : « Il y a encore quelques années, quelques mois, l’Éthiopie était considérée comme un modèle d’intégration politique. » (image fournie par Régis Hounkpè)

              « Le fait qu’il y à peine deux semaines les Américains ont demandé à tout le personnel diplomatique, tout le personnel de coopérants américains à Addis-Abeba et dans le reste du pays non essentiels de revenir aux États-Unis, c’est le signal que les Américains ont compris que la situation éthiopienne allait vers quelque chose d’improbable et absurde  (…) ce qui fait qu’effectivement le téléphone est coupé entre Addis-Abeba et Washington. » 

Depuis le 23 mai, sept mois après le conflit entre le gouvernement fédéral et les rebelles du Tigré et après plusieurs mises en garde, Washington avait décidé de prendre des sanctions contre Addis-Abeba. Des restrictions de visas à l’encontre de tous les acteurs impliqués dans la crise ont été prononcées. La réaction de l’Éthiopie est sans appel. Une semaine après l’annonce des sanctions, des manifestations aux slogans anti-américains ont éclaté dans la capitale.

Contrairement à Addis-Abeba, c’est peut-être un tournant positif dans les relations entre Washington et Abuja. Pour sa première visite sur le continent, le secrétaire d’État américain s’est rendu aussi au Nigeria. Un signe que les tensions entre le Nigeria et les États-Unis se sont peut-être apaisées depuis les réactions de Washington par rapport à la répression des manifestations pacifiques contre les brutalités policières en octobre 2020. Antony Blinken, est revenu sur le sujet à Abuja. Il a notamment exprimé son inquiétude par rapport à la question du respect des droits humains dans le pays. La réponse du président nigérian ne s’est pas fait attendre. « Le président Buhari a répondu à son hôte que le gouvernement fédéral attend les enquêtes en cours qui sont menées par les États concernés avant d’établir les responsabilités », a souligné la présidence nigériane dans un communiqué.

« Le Nigeria, est accusé de mille et une choses. C’est un pays qui est considéré comme l’un des plus corrompus et corruptibles. C’est un pays où le laxisme de l’administration publique est reconnu (…) et je pense que la visite d’Antony Blinken, pour moi, elle est intéressante parce que malgré tous ces qualificatifs, les Américains ont compris que le Nigeria est une puissance et qu’il faut plutôt aller vers elle et non contre elle », mentionne Régis Hounkpè.