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Entre pénuries et blocages routiers : la Bolivie au bord du chaos ?

30 novembre 2019 - 09:15


Sahra Iskounen

 

Alors qu’en 2016, la proposition d’Evo Morales consistant à amender la Constitution pour briguer un quatrième mandat, avait été rejetée, les tribunaux avaient quant à eux accepté sa candidature. Le 20 octobre dernier, la tenue de l’élection présidentielle bolivienne a donné lieu à des contestations, à la violence, aux blocages routiers et aux pénuries.

Le 20 octobre, Evo Morales était élu dès le premier tour avec 47,08 % des voix contre 36,51% pour son adversaire centriste Carlos Mesa selon l’AFP. C’est alors que des soupçons de fraude électorale ont éveillé les consciences. Le peuple et la jeunesse, à l’origine de la contestation, décident de se soulever pour protester le quatrième mandat tant convoité par le président bolivien. De Santa Cruz à La Paz, étudiants et universitaires se réunissent pour faire respecter leur vote, celui de la démocratie. Face à l’ampleur de ce mouvement, le général et commandant en chef des forces armées boliviennes, Williams Kaliman, a alors appelé à la stabilité et à la pacification de la Bolivie en demandant à Evo Morales de quitter son poste et de renoncer à son mandat présidentiel. Selon Christine Delfour, spécialiste de l’Amérique Latine, la situation en Bolivie traduit « l’orgueil et l’autoritarisme d’Evo Morales », il se trouve à présent « dépassé par les événements et son manque de conscience l’empêche de voir la réalité de ce qui se passe dans les rues et la force des mouvements sociaux urbains des jeunes ».

Exilé au Mexique le 10 novembre à la suite de sa démission, les partisans d’Evo Morales manifestent pour le départ de Janine Añez, proclamée Présidente par intérim. Pour faire entendre leurs protestations, ces derniers ont alors créé des barrages routiers à des niveaux stratégiques du pays. D’abord sur l’axe routier reliant La Paz à El Alto puis sur la route liant El Alto à Cochabamba et Santa Cruz, un lieu stratégique puisqu’il s’agit de la capitale économique du pays. Il s’agit également d’un trajet vital puisqu’il permet de relier La Paz à l’est et au centre du pays qui concentrent la production agricole. Cela entraînant de lourdes conséquences notamment des retards pour le transport de marchandises par les routes. La raffinerie de Sanketa à El Alto a également été bloquée par les pro-Morales tandis qu’elle fournit l’ensemble de La Paz en essence et en gaz. Jets de pierres et de détonateurs de dynamique ont été lancés vers cette usine de combustible. 

Pour faire pression sur le gouvernement mis en place, les Cocaleros (cultivateurs de coca) de la province de Chapare se sont réunis en masse pour bloquer les routes principales comme celles menant au centre-ville. Si les fruits et légumes ne manquent pas, affirme Amalia Oeuvrard une bolivienne installée en France depuis dix ans, « la viande se fait rare et certains en profitent pour la vendre au marché noir » confie-t-elle. Les étalages des marchés étant vides, les prix explosent « les commerçants n’ont pas d’autres choix que de doubler voire tripler leur prix. Les oeufs, les pommes de terre, … nous coûtent aujourd’hui le double, c’est incroyable ! » poursuit-elle. Le Ministre du développement productif Wilfredo Rojo a alors tenté de rassurer la population en annonçant qu’un pont aérien avait été installé pour « l’acheminement de viande » vers La Paz avec l’aide de l’armée de l’air selon l’AFP. Pour pallier à ces pénuries, des avions provenant de provinces comme Santa Cruz sont alors chargés de transporter des provisions de nourriture.

Face à cette crise et à ces heurts sans précédent, une loi a été promulguée par Janine Añez ce dimanche 24 novembre assurant que des élections présidentielles et législatives auraient lieu afin de pacifier le pays andin en affirmant que la Bolivie récupèrerait « la démocratie par la démocratie ».