Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Comment la transition numérique chamboule l’organisation interne des médias locaux

15 octobre 2018 - 23:34

Répartition des médias belges francophones étudiés par l'équipe de recherche. Sources : Libération pour la carte, Théo Blain pour les incrustations.


Theo Blain

Rendue impérative par le recul des ventes papiers et la demande d’interactivité, la bascule numérique des médias de proximité redéfinit le champ de compétence des journalistes. Ce qui ne se fait pas sans résistances, comme le montrent les travaux de chercheurs belges sur les médias francophones de leur pays.

 

« L’information locale a une haute importance démocratique, car elle touche au quotidien des citoyens » rappelle en introduction de sa présentation Lara van Dievoet, assistante de recherche à l’école de journalisme de l’université catholique de Louvain. Elle représente ses collègues de recherche Olivier Standaert, Benoît Grevisse et Marie Vanoost à la conférence « La proximité comme spécialisation : médias locaux et transition numérique en Belgique francophone », donnée dans le cadre du colloque organisé par le réseau Théophraste les 11 et 12 octobre à l’université Laval de Québec. Notamment composé de chercheurs et professeurs en école de journalisme, ce réseau a dédié son colloque 2018 aux « enjeux liés aux spécialisations en journalisme à l’ère du numérique ».

L’équipe de recherche s’est intéressée à 5 médias : la RTBF, radio et télévision publiques francophones, RTL, radio et télévision généraliste privée, TVcom, télévision publique de la région du Brabant-Wallon, Bx1, son équivalent bruxelloise et Sudpresse, dont les 5 titres couvrent quasiment toute la Belgique francophone. Le rédacteur en chef et le responsable du service web de chaque média ont été interrogés, pour savoir comment s’opérait la transition numérique.

Il en ressort que partout, la réorganisation en « web first » est enclenchée. Chez Sudpresse, on produit d’abord pour le site web, et c’est en fin de journée qu’est décidé ce qui va dans l’édition papier. Autre constat, les journalistes ne sont pas spécialisés par sujets mais par terrain à couvrir. Leurs profils sont donc plus polyvalents : ils peuvent être amenés à faire un reportage télévisé, radio ou écrit.

« Il faut des journalistes et pas que des iPhone »

Mais cette disparition des spécialisations ne fait pas l’unanimité. Max Zimmermann, directeur de TVCom, estime ainsi que sa chaîne « fait trop de 360 degrés, sur le modèle de la RTBF. On considère qu’un journaliste doit pouvoir faire un article écrit, un reportage télé et un papier radio. Ce sont pourtant des métiers différents ».

Malgré des disparités de moyens, les médias locaux ont beaucoup investi dans la création d’applications, dans des formations pour leurs journalistes ou dans du matériel (smartphones notamment). Sans compter le temps nécessaire pour apprendre à connaître son audience numérique et ses attentes.

Mais là aussi, « web first » et « mojo » (mobile journalism, utiliser un smartphone plutôt qu’une caméra pour être plus autonome) ne sont pas considérés comme la solution miracle. Pierre-Yves Millet, responsable éditorial à la RTBF Namur-Brabant Wallon, le résume ainsi : « Il faut des journalistes et pas que des iPhone ». Les outils numériques, aussi utiles soient-ils, ne peuvent remplacer le travail humain, et il faut des personnes pour éditer, vérifier, compléter et publier ce qui a été récolté grâce à la technologie.

C’est pour suivre ces évolutions que Mme van Dievoet a indiqué qu’elle et ses collègues retourneraient prochainement sur le terrain. Comme des journalistes.