Dormir le jour et travailler la nuit, peu importe le domaine, requiert une résistance particulière. Les conditions de travail et le manque de sommeil rendent ces quarts de travail plus difficiles, du point de vue physique, mais aussi psychologique. Éva Gnékibo, ancienne préposée aux bénéficiaires dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée partage son expérience.  

Éva Gnékibo, 22 ans, est actuellement étudiante en politique appliquée, et a été pendant quatre mois préposée aux bénéficiaires dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de la ville de Québec. Elle explique son parcours et ce qui l’a poussé à déposer sa démission.

« On m’avait informé au départ que c’était un quart que beaucoup d’employés refusaient, car il pouvait être assez épuisant […], mais moi ça ne me dérangeait pas de vivre mes journées un peu à l’envers » — Éva Gnékibo.

Elle était bien loin de se douter des conséquences que pouvait apporter ce choix de vie. Ses quarts débutaient à 23 heures et se terminaient à 8 heures le matin. Toutefois, elle devait quand même arriver trente minutes avant le début de son quart pour s’informer des dossiers de chaque patient. Ces trente minutes n’étaient pas rémunérées.

L’étudiante relate des conditions de travail difficiles, en expliquant que lorsqu’un préposé de jour ne peut pas se présenter, on demande automatiquement au préposé de nuit de rester même si son état de fatigue est au maximum. Dans les règles de l’établissement, elle explique qu’une équipe doit contenir deux préposés, et s’il manque une personne, il faut obligatoirement que quelqu’un reste. La liste des inconvénients est longue.

« Un des plus gros inconvénients du travail de nuit, c’est qu’on vit à l’envers et on perd nos journées. Je finissais à 8 h, je ne rentrais pas chez moi avant 9 h et si je tentais de m’endormir, je ne me réveillais pas avant 15 h-16 h » — Éva Gnékibo.

L’ancienne préposée se confie également sur ses nuits de travail et le manque de considération venant de ses collègues. Les préposés de jour trouvaient que la charge de travail des préposés de nuit n’était assez importante.

Cette vision des choses les poussaient ainsi à bâcler certaines de leurs tâches, afin d’en laisser plus à l’équipe du soir. Par exemple, le ménage de la salle à manger revenait aux préposés de jour et celui de la cuisine, aux préposés de nuit. Mais les quarts de jours laissaient cette tâche à ceux de nuit (qui refusaient), entraînant ainsi de vives tensions.

« C’est arrivé à un point tel que la direction à dû faire un message pour rappeler à tout le monde quelles étaient leurs tâches, que c’était bien réparti et qu’il ne fallait absolument pas remettre ces tâches-là sur le dos des autres » — Éva Gnékibo.

Après quatre mois de travail à temps plein, elle dépose sa démission. L’impact sur sa santé se faisait sentir de plus en plus. Éva n’arrivait plus à dormir en raison de son anxiété accrue. Le fait d’être responsable de la vie d’un certain nombre de patients peut devenir une charge émotionnelle très envahissante. Un incident en particulier l’a traumatisée : la chute d’une de ses résidentes.

La résidente a fait une chute et s’est empalée sur son fauteuil roulant. Cet incident a nécessité la présence des pompiers et d’infirmières.

« C’est un stress, qu’en tant que préposé, on a constamment lors de nos quarts. C’est des choses qui arrivent […] et ça laisse des traces, ça nous rend inquiets. Me dire que j’allais revenir au travail et que j’allais devoir faire face encore à ce genre de situation ou même pire, c’est quelque chose que je ne pouvais plus endurer » — Éva Gnékibo.

 

La place du sommeil dans ce style de vie décalé

Annie Vallières, experte sur les troubles du sommeil dans le travail de nuit, expose les différents impacts que peuvent avoir le manque de sommeil sur la santé. Un « tableau assez noir » dans ses termes, regroupant tous les maux.

L’experte explique que le sommeil perturbé ou mal complété entraîne plus facilement l’anxiété et d’autres conséquences.

Le rôle du sommeil réparateur est déterminant dans le processus de récupération d’énergie du travailleur. Toutefois, Madame Vallières explique qu’il est possible d’être un travailleur de nuit et d’être satisfait de son sommeil, même s’il est fait le jour. Dans une étude à laquelle elle a participé, environ 45 % des participants se disaient satisfaits de leur sommeil. Cependant, le sommeil de jour et de nuit n’est pas vraiment comparable, puisqu’il est plus difficile d’avoir un sommeil réparateur de jour. La composition du sommeil est différente en fonction des heures auxquelles il est fait.

Madame Vallières conclut cette entrevue, rappelant l’importance de ménager son activité cérébrale car elle détermine notre faciliter à dormir. Par exemple, il est difficile de s’endormir rapidement lorsqu’on va se coucher juste après une activité (études, travail…). Il faut une période dite « tampon » pour calmer le cerveau afin d’être apte à aller se reposer.