Levez les yeux et vous verrez peut-être un drone. Portés par des prix à la baisse, ces petits engins volants sont de plus en plus populaires chez les amateurs et leurs usages se multiplient dans les environnements professionnels. Mais la réglementation a-t-elle évolué au même rythme ?

Car leur utilisation inquiète et n’a pas toujours la cote parmi le public. Les vols illégaux, tels que ceux survenus à Paris en février 2015, sont fortement médiatisés. La méfiance est aussi palpable dans la population, comme lorsqu’un drone est apparu en 2012 lors d’une manifestation étudiante en marge du Grand Prix de Montréal.

Au pays, c’est Transports Canada qui est responsable de la réglementation pour les drones, ou « aéronefs non habités ». Toute personne est libre d’utiliser à des fins récréatives un drone sans permis pour peu que son appareil pèse moins de 35 kg, mais un certificat est nécessaire pour les appareils plus lourds ou utilisés à d’autres fins.

Transports Canada émet aussi des directives de sécurité pour tous les pilotes de drone. L’organisme fédéral leur demande par exemple de voler seulement par beau temps et de respecter la vie privée des autres personnes. Il est par ailleurs interdit de voler à proximité des aéroports, à plus de 90 mètres d’altitude et à moins de 150 mètres des personnes.

Le problème des assurances

La réglementation est-elle trop sévère? Non, croit Benjamin Granet, directeur commercial de la boutique spécialisée Dronexperts à Québec, la première du genre dans la province. Il juge la législation « adéquate, mais il y a des zones d’ombres, des sujets qui n’ont pas été abordés ».

Parmi ces zones d’ombres, il cite les assurances. « Pour le moment, il n’y a pas vraiment d’assurance pour les particuliers. Les professionnels sont obligés d’avoir une assurance, d’avoir une responsabilité civile, d’être couverts en cas d’accident. Un particulier, lui, n’est pas couvert : si jamais il y a un accident, on n’a aucune idée de ce qui va se passer », précise M. Granet.

Quand on lui demande s’il faut craindre les drones, il résume ainsi sa pensée : « Ce n’est pas le problème du drone, c’est le problème de la personne qui l’utilise ».

Selon lui, la législation n’est pas suffisamment connue et respectée. C’est d’ailleurs l’une des raisons d’être de Dronexperts : « On voulait que les gens puissent se rendre quelque part et avoir l’information dont ils on besoin, parce que lorsqu’ils vont sur une boutique en ligne, c’est rare qu’ils soient informés sur ce genre de législation, sur les risques, sur les dangers », dit-il.

Les dangers à prendre en considération sont nombreux. Il est risqué de voler dans des conditions dangereuses, comme « ne pas prendre en considération les interférences qui peuvent brouiller la communication entre le drone et sa télécommande » ou encore « ne pas prendre en considération la météo », donne en exemple Benjamin Granet.

Pour le plaisir de piloter ?

Marc-Olivier Banville est conseiller à la vente à la boutique Passe-Temps 3000, l’une des seules de la région à vendre des drones. Il est lui même un propriétaire passionné de drones et constate que la popularité de ces engins ne cesse d’augmenter, et ce pour tous les groupes d’âge.

Loin du simple jouet téléguidé, la manipulation d’un drone est complexe et nécessite plusieurs mois de pratique avant d’atteindre un niveau de compétence adéquat et sécuritaire pour le conducteur et son environnement. M. Banville recommande donc l’achat d’une petite machine abordable pour les novices afin de se familiariser avec le concept et éviter les dépenses importantes qu’occasionne le bris d’un drone plus dispendieux.

À la boutique que nous avons visitée, les modèles d’entrée de gamme coûtent autour de 130 dollars et ne sont pas équipés de caméra ou d’autres accessoires. D’autres modèles plus dispendieux (plus de 1600 dollars) sont équipés par défaut d’une caméra haute définition et sont beaucoup plus fragiles, d’où le besoin de s’exercer avant d’acheter un tel engin.

Usages professionnels, un marché peu dynamique

Chez Dronexperts, on admet que le secteur amateur a le vent en poupe. À sa naissance, il y a trois ans, l’entreprise se spécialisait dans les activités professionnelles et concevait ses propres drones. Aujourd’hui, la réalité a changé : « les prix ont vraiment baissé et il y a de gros fabricants qui sont très compétitifs », dit Benjamin Granet.
Les particuliers représentent désormais un large pan de la clientèle et la boutique est essentiellement devenue un distributeur. Pour autant, l’entreprise ne tourne pas le dos à sa clientèle d’origine puisqu’elle offre des solutions sur mesure pour les entreprises ayant des besoins particuliers en imagerie aérienne.

Plus que de simples aéronefs, les drones les plus spécialisés intègrent des capteurs et des ordinateurs capables de réaliser les tâches les plus diverses : inspection des structures et bâtiments en ingénierie, identification des zones humides en agriculture, cartographie des zones inondables pour les municipalités, notamment.

L’utilisation dans le secteur de l’arpentage est lui aussi en explosion. « Les arpenteurs ont beaucoup de curiosité pour cet outil parce que ça leur permet d’obtenir des données à une rapidité et avec une précision qui serait quasiment impossible avec l’équipement qu’ils ont actuellement », vante M. Granet.

Mais en dépit des avantages de l’imagerie aérienne, le marché québécois est peu dynamique et demeure en retrait par rapport aux autres provinces canadiennes. Selon Benjamin Granet, « les chiffres montrent qu’il y a beaucoup moins de permis qui sont délivrés au Québec par rapport à l’Ontario et la Colombie-Britannique ».

Il croit que les gouvernements provincial et fédéral devraient soutenir davantage les compagnies oeuvrant dans le secteur du drone. Il pointe aussi du doigt des délais de traitement trop long pour l’obtention des permis auprès de Transports Canada.