Événement phare de l’année, le Carnaval de Québec fait son grand retour pour la 62ème édition. Malgré une situation financière bancale, l’organisation se met au défi de reconquérir le cœur des citoyens et de remettre la fête au goût du jour.

«On demande un acte de foi de la population locale, d’être là et de participer», a affirmé le président du conseil d’administration, Alain April, peu avant le lancement de la 62ème édition du Carnaval de Québec.

Cette fête – dont l’essence même est synonyme d’effervescence populaire et de débordement – a-t-elle perdu son engouement citoyen ?
En pleine transition cette année, l’organisation compte sur les habitants de la capitale pour donner un second souffle à la fête hivernale. Ce n’est plus un secret, les dernières années n’ont pas été faciles pour le Carnaval. La participation a chuté de quelque 100 000 visiteurs l’an dernier, les ventes de l’effigie et de la bougie ont connu une forte baisse, et le déficit de son budget est tombé à plus d’un demi-million de dollars.

Une occasion culturelle «de se reconnaître»

Mais le Carnaval de Québec fait-il encore sens pour les Québécois? «Offre-t-il toujours aux citoyens de la ville de Québec une occasion de se reconnaître, de célébrer ensemble ce qu’ils sont, ou n’est-il devenu qu’une vitrine où se projettent des images d’un passé aux attributs soi-disant carnavalesques ?» Une question que s’est posée Martine Roberge, enseignante et chercheure en ethnologie à l’Université Laval. Pour elle, la valeur patrimoniale du Carnaval passe d’abord par les citoyens, par «ceux qui vivent la culture».

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Cette tradition, fondée sur un engouement populaire dès 1955, est devenue une «entreprise», comme le souligne l’enseignante. La marchandisation du Carnaval via des partenaires économiques, et son déploiement au niveau international a fait de cet évènement une machine économique qui rassemble près d’un demi million de carnavaleux chaque année.

Mais l’engouement n’est pas mort pour autant. Le Carnaval étant au coeur du patrimoine historique, personne n’est décidé à dire adieu à Bonhomme.
Et encore moins les commerçants et restaurateurs, maîtres de l’ambiance carnavalesque et premiers touchés par ses retombées économiques. Bien qu’ils restent critiques face à l’organisation, ils soutiennent la fête et sa pérennisation.

Citoyens-acteurs: piliers de la fête

Andrew Murphy et son restaurant le Q de Sac, en basse-ville du Vieux-Québec, fêtent ensemble le Carnaval pour la seconde fois. Cette année, le bar-restaurant a participé au fameux « Souper à la bougie » le 16 janvier dernier, un moyen pour participer activement tant à l’exécution du programme qu’à son financement. Mais l’évènement, commandité par l’organisation, n’a malheureusement pas porté ses fruits au Q de sac. Au menu chez Andrew: bières à bas prix, poutines et diffusion de matches de Hockey. Pour lui, il faut remettre au goût du Carnaval son aspect festif et bon-enfant.

Henry Coindé et François Michaud, propriétaires du restaurant Le Graffiti situé rue Cartier, sont du même avis. Eux aussi font parties des sept restaurants sollicités pour le « Souper à la bougie ». Tout deux sont d’accord pour dire que le Carnaval devrait solliciter davantage les divers quartiers populaires de la ville, en développant, par exemple, des concours participatifs pour chaque arrondissement.

En fin de service, entre deux tables redressées, François et Henry se confient.

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Des clientes du restaurant Le Graffiti sont plus pessimistes quant au futur du Carnaval : «on pense que ça va être la dernière année», s’esclaffent sept femmes encore attablées,« les gens ne participent plus. Quand on était jeune, on aimait voir la parade et le couronnement de la reine. Aujourd’hui tout ça c’est devenu trop touristique».

Mis à part le climat très clément pour la saison, les premiers jours de l’édition 2016 ont su attirer la foule.