Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Île de Baffin : une expédition qui donne froid aux yeux

26 mars 2020 - 09:30

La veille de son départ pour l’Île de Baffin, Annabelle Santerre ne pouvait contenir son enthousiasme. Elle porte ici le manteau qu’elle s’est fait prêter par une de ses idoles, François Guy-Thivierge, aventurier, conférencier et entraîneur ayant gravi le plus haut sommet des cinq continents. (Crédit photo : Gaëlle Paquet)


Gaëlle Paquet

L’athlète de ski « slopestyle » Annabelle Santerre a pris part à un entraînement polaire extrême du 8 au 21 mars derniers. Cette expérience avait lieu sur l’Île de Baffin, au Nunavut. Son but : apprendre aux participants à défier la température dans les régions polaires aujourd’hui affectées par le réchauffement climatique.

 L’entraînement polaire extrême est une formation de 14 jours organisée par Sarah McNair, la plus jeune aventurière à avoir organisé des expéditions au pôle Nord et au pôle Sud. Il s’agit d’un entraînement divisé en trois volets, jumelé à des expéditions.

Assise aux côtés de son équipement, c’est plus de 175 livres qu’Annabelle a dû transporter dans son traîneau lors de l’expédition. Parmi son matériel : quatre manteaux, un sac à dos hivernal, trois tuques, plusieurs types de chaussettes, un chargeur solaire, des skis et une caisse de chauffe-pieds. (Crédit photo : Gaëlle Paquet)

Lors des six premiers jours de l’aventure, Annabelle a réalisé un apprentissage technique et de petites excursions pour mettre en pratiquele tout. Lors du second volet de quatre jours, la jeune femme prenait part à des expéditions d’une journée accompagnée d’un guide afin de se mettre en situation en toute sécurité. C’est lors des trois derniers jours qu’a eu lieu la plus longue expédition : après s’être fait déposer dans un endroit perdu à une certaine distance du camp, Annabelle et sa coéquipière Suzanne avaient 72 heures pour revenir à bon port sans rien d’autre qu’un téléphone satellite et leurs équipements de survie.

Avant son départ, la jeune femme de 21 ans ne connaissait pas du tout Suzanne, sa partenaire de trois jours. « Quand on fait des expéditions, on essaie de ne pas affecter la nature et on veut découvrir le plus possible, tout en faisant un avec le groupe. L’unité et la cohésion sont donc très importantes quand on part comme ça », explique-t-elle, fébrile de connaître les autres expéditeurs dont l’un a dû abandonner  avant l’arrivée.

Annabelle confie que son plus grand défi était « d’apprendre à connaître un environnement inconnu car à chaque sortie, on risque de croiser un ours polaire et on doit être prêts à agir ». Avec le réchauffement climatique, tout n’est pas si simple. Il y a quelques semaines, les températures estimées étaient encore de moins 45°C dans la région du Nunavut. Maintenant, on parle plutôt de moins 30°C, ce qui fait une grosse différence pour la fonte des glaciers. Dans ce genre de situation, les eaux vives sont inévitablement beaucoup plus volumineuses et les ours polaires rodent beaucoup plus près des villages.

Plus qu’une simple préparation physique

Lors de la première partie de l’entraînement polaire, la skieuse a appris à se déplacer dans des conditions précaires, à gérer des températures extrêmes grâce à un système multicouches ainsi qu’à s’alimenter avec des portions très limitées. Or, afin d’être prête à appliquer ces compétences, elle a dû faire une grosse partie de la formation avant son départ.

Le centre de ski Stoneham a toujours été un endroit clé pour la passion d’Annabelle l’hiver. C’est ici qu’elle est devenue l’athlète de ski « Slopestyle » (ou descente acrobatique) qu’elle est aujourd’hui. Elle a ouvert sa propre école de « Freeski » pour filles. (Crédit photo : Gaëlle Paquet)

Quatre mois avant d’arriver à l’Île de Baffin, la plus grosse île de l’archipel Arctique, Annabelle s’est entraînée pendant quatre mois. Elle s’est fait former physiquementau Gym Le Chalet, avec l’entreprise Évolution Préparation physique. De même, elle a suivi plusieurs formations pour sa préparation psychologique. « Je dormais deux ou trois soirs par semaine dehors sur la galerie pour m’habituer au froid et au vent qui tape sur la toile. Ça crée un inconfort, mais il faut que tu persévères, que tu continues », ajoute la skieuse, qui ne recule visiblement devant rien.