Dans son récent Plan stratégique 2022-2026, Hydro-Québec projette une hausse majeure des besoins en énergie d’ici 2050. On parle de plus de 100 térawattheures (TWh) additionnels d’électricité propre nécessaires pour réaliser la transition énergétique. Entre crise de l’énergie imminente et l’opportunité de réfléchir à l’avenir énergétique de la province, le débat reste ouvert.

Alors que le discours sur la sobriété énergétique prend de l’ampleur, le rapport État de l’énergie au Québec 2023 révèle qu’aucune action concrète n’a été envisagée, du moins, à la fin de l’année 2022. Construction de maisons ayant une superficie plus élevée, achat de véhicules plus polluants et hausse de la consommation d’essence : le portrait que dressent Johanne Whitmore et Pierre-Olivier Pineau (Chaire de gestion du secteur de l’énergie – HEC Montréal) montre que le virage tarde à être pris.

Dans sa politique-cadre, le gouvernement du Québec vise à déployer les bases d’une économie plus sobre en carbone et à atteindre la carboneutralité à l’horizon 2050. Cela passe, notamment, par l’électrification du secteur des transports, le développement d’énergies renouvelables complémentaires au réseau hydroélectrique et l’efficacité énergétique.

Pour les chercheurs de HEC Montréal, l’évolution de la situation énergétique du Québec « n’est souvent que partiellement comprise par tant le public que les décideurs, ce qui pose des enjeux lorsqu’on envisage une transition énergétique aussi radicale que celle visée par nos gouvernements ».

Francis Labbé, porte-parole d’Hydro-Québec (Photo de courtoisie)

Cette transition énergétique doit être faite en collaboration avec les citoyens, selon le porte-parole d’Hydro-Québec, Francis Labbé. La conscientisation des Québécois est d’ailleurs l’un des axes du plan d’action de la société d’État. Cette dernière veut encourager les citoyens à adopter des habitudes de consommation responsables.

Malgré les dérives révélées du service Hilo qui seraient l’œuvre d’une minorité de personnes selon Francis Labbé, ce programme répond d’ailleurs à cet objectif: réduire la pression sur le réseau électrique en période de pointe et sensibiliser les Québécois aux impacts de leur consommation d’énergie.

Même si l’adoption d’habitudes responsables par les citoyens a des effets significatifs selon la société d’État, il n’en demeure pas moins qu’une hausse de la production d’énergie est inévitable.

« On ne manque pas simplement de quantité d’énergie, mais également de puissance d’énergie. » – Francis Labbé.

Pour autant, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, nie l’existence d’une crise énergétique au Québec, mais il admet que les besoins futurs dépassent la capacité de production actuelle d’Hydro-Québec. Ainsi, entre la demande publique prévisible et les actions timides de l’État, que peut faire le Québec pour produire de l’énergie durable et propre ? 

Miser sur les énergies renouvelables

Au Québec, 94% de l’énergie provient de l’hydroélectricité. Hydro-Québec en est le principal producteur. Bien que l’énergie hydraulique est la source première d’énergie au Québec, d’autres filières ont aussi été mobilisées. Le Québec mise principalement sur les sources d’énergies renouvelables ainsi que sur le diesel qui est utilisé, notamment, pour la plupart des moyens de transport. L’énergie éolienne est, pour sa part, la deuxième source d’énergie du Québec, tandis que le diesel, la biomasse et l’énergie solaire sont loin derrière. 

Même si le Québec souhaite se tourner vers des énergies plus vertes, renouvelables et sobres en carbone, chacune d’elles porte son lot d’avantages et d’inconvénients.

 

À la mi-mars, Hydro-Québec a retenu sept soumissions qui permettront d’augmenter la puissance dans le réseau de près de 1150 mégawatts d’ici décembre 2026. Alors que les deux appels d’offres concernaient la filière éolienne et les autres formes d’énergies renouvelables, ce ne sont que des projets éoliens qui ont été retenus dans les régions de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, du Bas-Saint-Laurent, de l’Estrie et de Chaudière-Appalaches.

Le 31 mars, Hydro-Québec a lancé un nouvel appel d’offres visant 1500 mégawatts de source éolienne pour répondre à la demande croissante en électricité au Québec.

Entre besoin en énergie et acceptabilité sociale

Or, le monopole de l’hydroélectricité au Québec est concentré entre les mains d’Hydro-Québec qui joue un rôle unique de société d’État. Selon le Gouvernement du Québec, une société d’État est un « organisme de gestion économique ayant un objectif de rentabilité et d’autofinancement, dont la personnalité juridique est distincte de celle de l’État ». 

En d’autres termes, Hydro-Québec exerce de facto une influence considérable sur le gouvernement en raison de son monopole, sa puissance et son expertise en matière d’hydroélectricité, comme l’explique Louis Simard, professeur associé à l’Université d’Ottawa et expert des politiques publiques, de la participation publique et de l’acceptabilité sociale dans le domaine de l’environnement et de l’énergie.  

De là, l’acceptabilité sociale devient un enjeu majeur des projets d’énergie au Québec. Par des projets tels que la ligne à haute tension Saint-Adolphe-d’Howard dans les Laurentides ou le projet d’aménagement du parc éolien en Montérégie, la société civile peut parfois freiner ou devenir un acteur décisif dans l’avancement de projets d’envergure. 

Un état des lieux du secteur énergétique au Québec, des projets en cours et des besoins énergétiques est donc important « pour avoir une participation publique productive et faire jouer, ce qu’on appelle, l’intelligence collective », mentionne Louis Simard. 

« Des fois, on est loin d’une entente. D’autres fois, ce ne sont que de petites choses. Juste de se parler, ça fait toute la différence. » – Anik Couture, conseillère en développement durable chez Hydro-Québec.

Énergie, puissance, électricité et barrage hydroélectrique : tous ces termes font partie du discours de l’énergie au Québec, mais ils restent méconnus du public. Comment un barrage hydroélectrique fonctionne-t-il? Comment l’eau est-elle transformée en électricité? Quelle est la place de l’acceptabilité sociale dans la mise en place des projets d’énergie au Québec? C’est à ces questions que Hydro-Québec se donne le devoir de répondre.

Même si l’hydroélectricité demeure une importante part du secteur énergétique au Québec, les appels d’offres pour l’éolien et l’énergie solaire demeurent pertinents pour Hydro-Québec dans cette transition énergétique. Ainsi, la société d’État reste attentive à toutes formes d’énergies renouvelables et d’innovations dans ce domaine pour répondre aux demandes grandissantes en quantité et en puissance.

Une efficacité à prouver

Chargé de cours au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Simon Leclerc, est d’avis que certaines innovations récentes en matière de ressources renouvelables sont intéressantes en théorie. Peu d’entre elles s’avèrent efficaces concrètement ou sont encore au point d’étude.

« Les innovations, on guette un œil dessus », souligne le porte-parole d’Hydro-Québec. L’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) accueille plus de 500 personnes qui travaillent en recherche et développement. L’une des innovations en matière d’énergie solaire est l’utilisation de panneaux bifaces à La Prairie, c’est-à-dire avec des cellules photovoltaïques sur le dessus et le dessous pour capter la réflexion du soleil sur la neige l’hiver.

À l’exception de l’hydroélectricité et de l’énergie éolienne, les autres filières d’énergie n’offrent pas un aussi beau bouquet d’avantages pour le Québec, selon Francis Labbé.

L’hydroélectricité demeure une énergie lucrative pour le Québec. Le Rapport annuel 2022 d’Hydro-Québec révèle que la société d’État a conclu son plus important contrat d’exportation avec la Ville de New York. « Parce que l’énergie, on peut l’acheter à long terme, comme le contrat avec New York, mais il y a aussi le marché spot qui sont les transactions en temps réel qui sont pour le lendemain ou la semaine prochaine et donc, du court terme. Et, c’est là qu’on va faire énormément d’argent », souligne Francis Labbé, porte-parole d’Hydro-Québec. Leur bénéfice net a atteint un niveau record grâce à ces exportations.

Alors que les voisins du Québec prévoient également leur transition écologique, le Québec apparaît comme un allié important grâce à ses énergies renouvelables. Il reste à trouver un équilibre entre la production d’énergie qui servira à la transition énergétique de la province et l’électricité qui desservira les marchés extérieurs.