Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Quartiers difficiles, campagnes tranquilles et radicalisation

2 décembre 2015 - 22:47

CREDIT PHOTO EMMANUEL DUNAND / AFP


Martin Delacoux

Molenbeek, Paris, Normandie. Les parcours des djihadistes européens se brouillent de plus en plus : il n’y a pas un parcours type. Ce qui veut aussi dire que les filières de recrutement se diversifient de plus en plus.

Le nom de Molenbeek a fait le tour du monde depuis les attentats de Paris du 13 novembre, qui ont fait au moins 130 victimes. Le Daily Mail, journal anglais, en fait mention ici ; la National Review, bi-mensuel américain, en parle là; même The Australian y va de son article, à retrouver ici.

En une dizaine de jours, la ville de Molenbeek est devenue le symbole de la ville dont les habitants se convertissent au terrorisme. Il faut dire que la liste des attentats qui ont eu un lien de près ou de loin avec la ville est longue.

Molenbeek-Saint-Jean, pour utiliser son nom complet, est une ville de plus de 96 000 habitants située dans la Région de Bruxelles-Capitale, c’est-à-dire une des trois régions de la Belgique, avec la Wallonie au sud et la Flandres au nord. Elle n’est donc pas dans la banlieue de Bruxelles comment on n’a pu l’entendre et le lire dans la presse. C’est une ville composée de multiples micro-quartiers. Rien à voir avec les banlieues françaises : comme l’écrit Alexandre Laumonier dans un article publié sur Le Monde.fr, Molenbeek est à 15 minutes à pied du centre de Bruxelles-ville. Rien à voir avec les banlieues françaises ou canadiennes souvent très éloignées du centre.

Molenbeek n’est pas seule

Les assassins du commandant Massoud ont transité par la petite ville belge, avant de passer à l’acte, le 9 septembre 2001 ; l’un des cerveaux des attentats de Madrid de 2004, qui ont fait 192 morts, est passé par Molenbeek ; le cerveau présumé des attentats de Paris vivait à Molenbeek.

Mais cela ne saurait cacher la diversité des parcours des jeunes qui se radicalisent. En France, le plan national de lutte contre la radicalisation fait état de 3 100 cas entre le 29 avril 2014 et le 12 mars 2015, selon un article du Monde.fr. Tous les départements de France sont touchés, sauf la Creuse, un département rural et un des moins peuplés de France.

Attention : cela ne veut pas dire que les campagnes ne sont pas concernées. Un cas a notamment fait beaucoup parler de lui il y a tout juste un an. Il s’agit de Maxime Auchard, 22 ans à l’époque. Il a été reconnu lors d’une vidéo diffusée par l’Organisation de l’État Islamique, et qui montre la décapitation de l’otage Peter Kassig ainsi que de huit prisonniers.

L’impossible profil type

Originaire de Bosc-Roger-en-Roumois, une commune de 3 200 habitants située en Normandie, le jeune homme est décrit comme « bien élevé » par ses proches. La radicalisation se fait en plusieurs temps : d’abord des voyages en Mauritanie, où l’étude du Coran est jugé pas assez radicale. Ensuite le voyage en Syrie, sous couvert d’accomplir une mission humanitaire.

Plus d’un tiers des signalements fait en France concernent des femmes. Deux cas sur cinq concernent des convertis. Les classes moyennes sont très touchées. En Belgique comme en France, il est impossible de trouver des points communs sociologiques ou religieux entre les jeunes radicalisés.