Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Le pétrole au service de l’État Islamique

9 décembre 2015 - 19:45

Carte de Syrie et d'Irak localisant les champs de pétrole contrôlés par l'EI. Crédit photo : AFP


Marion Bérubé

Avec un territoire grand comme le Royaume-Uni, le groupe terroriste État islamique (EI) gruge chaque jour un peu plus de terrain en Irak et en Syrie. Pour financer ses activités illicites, l’organisation s’est installée sur une vraie mine d’or : les puits de pétrole. Grâce à ce revenu important, l’EI pourrait devenir l’une des organisations les plus riches du 21e siècle. Tout cela grâce à l’or noir, au service de ses ambitions dévastatrices.

Selon Matthieu Auzanneau, auteur de l’essai L’or noir, la grande histoire du pétrole, l’EI tire près d’un demi-million de dollars par jour rien qu’en exploitant le précieux liquide. Cela représenterait 4000 barils par jour en Irak et pas moins de 44 000 barils journaliers en Syrie, d’après des chiffres du journal Le Monde.

À titre de comparaison, les États-Unis, meneurs dans le domaine, ont produit en 2014 plus de 11 millions de barils par jour. Plus modeste, la production de la Russie se rapproche de celle de l’EI avec 61 000 barils. Selon Kamran Bokhari, conférencier à l’Institut de développement professionnel en politiques et sécurité de l’Université d’Ottawa, il n’y a cependant aucun moyen de prouver l’exactitude des chiffres fournis par l’EI, qui ne sont que des estimations. «On n’a pas les services de renseignement nécessaire pour aller en Syrie où [l’EI] exploite le pétrole et contrôle ses opérations», analyse-t-il.

Ainsi, d’après les calculs de Jean-Jacques Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, 60% des recettes de l’État islamique proviennent de l’exploitation de ressources naturelles. De ce chiffre, 24% viendraient uniquement des gisements de pétrole. C’est pourtant juste assez pour combler leurs besoins quotidiens, analyse Kamran Bokhari « On ne sait pas si [l’EI] contrôle des raffineries. Par contre, ils ont besoin d’argent et la manière d’en obtenir est de passer par le marché noir de la Turquie, nuance l’expert. Il faut garder en mémoire qu’ils ont probablement des réserves en banque et on ne sait pas où elles sont gardées.»

La Coalition contre-attaque

Devant une telle menace, la coalition internationale menée par les États-Unis n’y va pas de main morte. Le 16 novembre dernier, des avions américains ont bombardé des centaines de camions utilisés pour transporter le pétrole produit en Syrie. Selon le New York Times, 116 véhicules auraient été détruits dans ces frappes. Un nombre important, mais dérisoire comparé aux 1000 camions-citernes que possèderait L’EI.

Pour Kamran Bokhari, les bombardements ont une faible portée contre la machine d’exploitation de l’EI. D’ailleurs, les grandes puissances mondiales ne peuvent attaquer directement les puits de pétrole. «Il y a des civils qui travaillent pour l’EI et ils vivent dans ces régions à risque, explique le spécialiste. Il y a aussi l’idée que si le conflit se termine [La Syrie] a besoin de ces ressources pour rebâtir son économie.»

Le 18 novembre, la Russie a aussi mis son grain de sel dans le conflit. Le président Vladimir Poutine a mis sur pied une commission spéciale chargée de combattre le financement du terrorisme. L’EI se targue d’avoir un budget total de 2 milliards de dollars, tel que paru dans Le Figaro en janvier dernier. Pour comparer, les économies totales des talibans, mouvement armé basé en Afghanistan, sont évaluées entre 53 et 320 millions de dollars, d’après les données du quotidien Le Monde. «Ces groupes sont financés par des États, rapporte le conférencier de l’Université d’Ottawa, Kamran Bokhari. Dans le cas de l’EI, c’est une entité complètement indépendante qui n’est pas commanditée par un État. Ils ont eu le temps de se bâtir, et ce, depuis 2003, on parle de 12 ans d’élaboration.»