« Je ne me serais jamais rendu là sans les quelques collaborateurs proches avec qui je suis encore. Il y a toujours cet esprit-là de se pousser l'un l'autre et de se montrer des nouvelles affaires », explique Lova. (Crédit photo : William Courtemanche)

Le 3 décembre dernier marquait le premier spectacle en tête d’affiche du rappeur émergent Lova dans Limoilou à Québec. Après avoir bûché dur pour franchir cette grande étape, l’artiste partage ses meilleurs conseils de réussite.

« Je conseillerais d’essayer plein de choses. […]. D’attendre, d’être patient clairement. Beaucoup de gens ont le goût que ça l’aille vite et se découragent si ça ne va pas vite », souligne William Courtemanche.

Pour Lova, la patience est gage de succès. Il faut travailler fort, « ne pas penser que tout t’est dû » et se « détacher des résultats » pour réussir dans le monde du rap québécois, croit l’artiste.

Après avoir goûté à la musique métal et punk rock dans sa jeunesse, William s’est tourné vers le rap il y a près de dix ans, d’abord comme artiste indépendant. C’est en mars 2019, soit huit ans plus tard, qu’il a été approché par la maison de disques Joy Ride Records qui lui a offert de signer un contrat de trois ans.

L’entente comprend de la production musicale et des spectacles, dont sa première représentation comme artiste principal à la Source de la Martinière, située dans Limoilou. Le 3 décembre dernier, Lova a fait salle comble : amis, famille et adeptes de rap ont assisté au spectacle.

« Le but vraiment c’est de vivre de ma musique pour éventuellement grandir dans cette industrie-là », souligne Lova. (Crédit photo : Marie-Pier Roy)

Malgré cette chance inouïe, et l’appui reçu par sa maison de disques, l’artiste croit qu’il est possible de réussir au Québec sans label. « Quelqu’un qui a vraiment beaucoup de discipline, de rigueur, de savoir-faire et qui est prêt à travailler fort peut le faire lui-même », estime-t-il.

Selon lui, l’association avec un label apporte de bons conseils et allège certaines tâches. Mais il précise que ce ne devrait pas être un but, puisqu’il « y a moyen de faire de la musique [en tant qu’artiste] indépendant en 2021 ».

Une démarche artistique collaborative

 Aujourd’hui, William collabore avec les mêmes musiciens et amis qui l’ont accompagné dans son épopée de musique métal. Il s’agit de Thomas Paradis et Pierre-Olivier Couturier, qui assument les rôles de producteurs musicaux.

« Will, c’est un songwriter. […] Il va vraiment se concentrer sur la voix, les paroles. Il va écrire les mélodies sur les instrumentaux que moi et [Thomas] on fait », explique Pierre-Olivier Couturier.

Généralement, pour produire un morceau, Thomas Paradis conçoit la trame musicale, puis William écrit et compose sa chanson. Ensuite, le rôle du troisième membre est de faire les arrangements et de réaliser la version finale.

Après avoir travaillé avec de grands noms comme Éric Lapointe et Marc Dupré, Pierre-Olivier Couturier a une idée sur ce qui permet la réussite artistique. « Les artistes qui [réussissent] ici c’est les artistes qui sont real. Les artistes qui sont authentiques et qui ont juste vraiment une personnalité qui est la leur, qui a du caractère », indique-t-il.

Pour lui, Lova fait partie de ceux-là : « Il a tellement son lexique, sa personnalité à lui. Ce n’est pas copiable », admet-il.

Brouiller les codes musicaux

Au Québec, le rap a connu son premier essor dans les années 1990. Certains artistes ont utilisé cet art pour véhiculer des messages politiques, comme le groupe Loco Locass, avec son message de souveraineté.

Au fil des ans, les genres se sont mélangés et les limites se sont approfondies. C’est le cas de Lova, qui est très flexible dans les styles qu’il emprunte : « J’avoue que je parle de rap, mais au final, les codes se sont mélangés dans les dernières années. J’ai des chansons qui sont très pop, même R&B on pourrait dire », explique-t-il.

En déplaise aux puristes, le journaliste et auteur Félix B. Desfossés spécialisé en histoire de la musique voit cela d’un bon œil : « Je trouve que c’est quelque chose de vraiment positif de s’ouvrir des portes. C’est de l’art, c’est de la créativité et tu amènes ça où tu veux. L’important c’est que tu restes authentique et que ta démarche soit vraie avec toi-même », souligne-t-il.

Selon le journaliste et auteur Félix B. Desfossés, pour réussir dans le monde du rap, il faut réunir le respect de la communauté artistique et du hip-hop, en plus d’avoir le succès commercial. (Crédit photo : Marie-Pier Roy)

« Je le trouve génial. D’après moi il représente peut-être l’avenir du rap au Québec. Au sens où il a tous les atouts pour percer. Il est capable de chanter […] et de rapper. Ses textes ont une belle profondeur », juge l’expert.

Pour cet historien du hip-hop québécois, la réussite dans ce milieu s’articule autour de ces trois éléments : « C’est d’être capable d’avoir le respect de la communauté artistique, d’avoir le respect de la communauté hip-hop et en plus de réussir à avoir le succès commercial. C’est un idéal, je pense, à viser », résume-t-il.