L'affiche du film Niagara (Crédit photo : Marianne Richer)

Quatre ans après Les scènes fortuites, Guillaume Lambert revêt de nouveau le titre de réalisateur pour ce deuxième long-métrage au cœur duquel se côtoient intrinsèquement le drame et la comédie. Présenté en première au Festival de cinéma de la ville de Québec, Niagara en est maintenant à sa troisième semaine d’affiche en salles. La réception positive du public se veut un signe prometteur pour la relance du cinéma québécois après la pandémie. 


Sous la forme de chapitres se déploient les retrouvailles de trois frères reprenant contact en prévision des funérailles de leur père, décédé prématurément d’une crise cardiaque en tentant de relever le Ice Bucket Challenge (défi viral sur les réseaux sociaux). Parsemée de péripéties tragicomiques, la route vers Niagara Falls est révélatrice de souvenirs nostalgiques au sein de la fratrie, ceux-ci agissant comme prémisse de la reconstruction de liens familiaux.

Avec un mince budget s’élevant à moins de 2 millions de dollars, la production s’est cognée à la nécessité de faire preuve de créativité afin de s’adapter aux restrictions sanitaires en vigueur lors du tournage. « C’est un road trip, donc la meilleure façon d’éviter la pandémie était de sortir de la voiture, d’où la raison de privilégier les locations extérieures », explique Guillaume Lambert. Se développe ainsi la création d’un Niagara fictif prenant forme autour de lieux ayant perdu de leur lustre, ce qui confère d’ailleurs au film un caractère kitsch bien propre au réalisateur. Selon ce dernier, plusieurs locations apparaissent à l’intérieur d’une même scène dans « un souci qu’on ne reconnaisse pas les lieux mais qu’on ait une impression de déjà-vu ».

« J’aime ça flipper sur un dix cennes »

En tant que réalisateur, Guillaume Lambert porte un intérêt particulier envers le concept de paradoxe, celui-ci ayant été exploité dans la scénarisation du long-métrage afin d’assurer un équilibre entre le drame et la comédie. Le thème de la chute sert en ce sens cette proposition artistique, notamment par l’usage de métaphores opposant la vie à la mort. Le réalisateur exprime par ailleurs une volonté de révéler l’individu derrière l’acteur. Étant lui-même reconnu pour ses rôles comiques issus de la série Like Moi, sur laquelle il a collaboré pendant cinq ans, Guillaume Lambert n’est pas indifférent au poids de la responsabilité humoristique. « Lorsque nous ne sommes pas drôles, les gens pensent que nous sommes nécessairement désespérés », mentionne-t-il. Il exprime par ailleurs un attrait pour la transposition d’une personnalité humoristique dans un état de tristesse, estimant que l’ampleur de la portée dramatique s’en trouve deux fois plus importante. S’explique ainsi le choix d’approcher le charismatique François Pérusse pour un premier rôle d’envergure au grand-écran.

Après dix jours à l’affiche, Niagara récolte des recettes de 252 082$, occupant de ce fait le titre du premier film québécois de l’année à se positionner dans le top 3 du box-office dès sa première semaine en salles. En réaction au succès du long-métrage, Guillaume Lambert préfère se tenir loin des critiques, n’ayant aucun contrôle sur l’opinion d’autrui. Le réalisateur interprète donc la réception du public dans un état de lâcher-prise, considérant que la méthode du bouche-à-oreille demeure celle qui rejoint le public de la manière la plus authentique. « Je crois que c’est ça aussi le cinéma, c’est un partage. Si les gens se sentent invités, ils vont y aller. »