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Média-école des étudiants en journalisme

Rédaction inclusive à l’Université Laval: des étudiants souhaitent négocier avec le corps enseignant

22 novembre 2018 - 13:43

L’atelier de Naomie Léonard sur la rédaction inclusive était mixte. Crédit: Alexandre Millier-Boucher


Alexandre Millier-Boucher, Geneviève Morin

 

À l’invitation du Comité femmes en philosophie de l’Université Laval, Naomie Léonard, candidate à la maîtrise en science politique de l’UQÀM, a présenté le 16 novembre 2018 un atelier sur la rédaction inclusive. Une rédaction « où le masculin ne l’emporte plus sur le féminin et qui tient compte de la pluralité des genres », explique-t-elle. Lors de la discussion suivant l’atelier, l’auditoire a déploré le manque de cohérence du corps enseignant de l’Université Laval, qui tantôt accepte, tantôt refuse les travaux rédigés en français inclusif. Les étudiants projettent de négocier l’acceptation du français inclusif avec les enseignants lors de la présentation des plans de cours.

La discussion suivant l’atelier du 16 novembre a permis aux participantes et participants de constater qu’à l’Université Laval (tout comme à l’UQÀM), il n’y a pas de politique institutionnelle quant au français inclusif. L’acceptation ou le refus de cette forme d’écriture est donc laissé à la discrétion des enseignants, comme c’est le cas dans l’ensemble des universités québécoises. Si des initiatives d’acceptation du français inclusif ont eu lieu dans certaines universités (par exemple, le protocole de rédaction de la revue Politique et Sociétés à l’UQÀM), il n’y avait, au moment d’écrire ces lignes, aucun mécanisme obligeant les enseignants d’une université québécoise d’accepter des travaux écrits en rédaction inclusive.

Dans cette vidéo, Mme Léonard affirme le bien-fondé de sa rédaction inclusive et cite la solution proposée par une étudiante de l’Université Laval quant au flou administratif : négocier en classe l’usage de l’écriture inclusive avec son enseignant lors de la présentation du plan de cours.

 

La communauté étudiante divisée

Il n’y a pas que l’institution universitaire qui a des opinions divergentes sur l’usage de l’écriture inclusive. Arakwa Siouï est étudiante au baccalauréat en linguistique et spécialiste en reconstitution de la langue wendat. Son travail consiste, entre autres, à faire de la recherche à partir de textes anciens écrits dans la langue de la première nation Wendat pour en retrouver l’usage. L’usage de cette langue a été perdu en raison de plusieurs décennies d’interdit d’enseignement en langue autochtone émanant du gouvernement québécois.

Du point de vue de Mme Siouï, modifier les normes actuelles du français n’est pas pratique. Dans l’extrait audio suivant, elle parle de ses craintes quant à l’enseignement de l’écriture inclusive aux enfants :

 

 

En revanche, chez Sarah-Jane Ouellet, étudiante au baccalauréat en management et au certificat en création littéraire, la pratique du français inclusif à l’université est quotidienne et cohérente avec son implication féministe, notamment au sein du groupe Féministes en mouvement de l’Université Laval. Madame Ouellet se permet d’utiliser la rédaction inclusive dans ses travaux, y compris en management. Elle raconte comment dans cette vidéo :

 

 

La rédaction inclusive (telle que présentée par Naomie Léonard)

Dans ce type de rédaction française, « le masculin ne l’emporte plus sur le féminin » et on y « tient compte de la pluralité des genres », dit Mme Léonard. Selon le guide de féminisation des textes de la revue Politique et Sociétés, certaines formes de cette rédaction (par exemple, la féminisation des titres et fonctions) ont été utilisées à l’UQÀM dès le début des années 1980.

 

Usages Exemples
Féminiser les fonctions et titres Madame la ministre (au lieu de Madame le ministre)
Remplacer les termes universels masculins

 

Droits de la personne (au lieu de droits de l’Homme)
Féminiser par dédoublement Les chercheuses et les chercheurs

 

Féminiser par extension Les étudiant.es // les étudiant.e.s // les étudiant(e)s

les étudiant-es // les étudiant-es // les étudiant·e·s

les étudiantEs // les étudiant/es

 

Utiliser l’accord majoritaire Les 28 étudiantes et les 3 étudiants sont patientes
Utiliser l’accord de proximité Les chercheurs et les chercheuses sont patientes.
Utiliser les formules épicènes Les étudiants de ma classe – les individus / personnes

étudiant dans ma classe // mes collègues de classe

 

Utiliser les déterminants et pronoms de la pluralité des genres

 

Celleux // iels ; ielles ; illes // lae ; la.e