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Reconversion des bâtiments religieux: combiner modernité et patrimoine

20 février 2019 - 12:09

L'Auberge des Balcons, établissement d'hébergement situé dans le complexe Maison Mère à Baie-Saint-Paul a été nommé ainsi en raison de la caractéristique particulière de son architecture qui comporte une multitude de balcons.(Crédit photo : Laurent O'Connor-Blanchard)


Vincent Rioux-Berrouard, Laurent O'Connor-Blanchard

Depuis le début des années 2000, il y a de plus en plus d’églises et de couvents qui sont transformés pour servir à d’autres fonctions. Ce phénomène causé par le déclin de l’Église catholique au Québec sera encore présent dans les prochaines années, faute de pratiquants. Il s’agit donc d’un problème majeur pour la société québécoise qui cherche à trouver une nouvelle utilité à ces bâtiments tout en conservant le patrimoine religieux.

Le temps s’écoule, les mentalités changent et plusieurs bâtiments de cultes ou patrimoniaux se retrouvent aujourd’hui presqu’à l’abandon. À Baie-Saint-Paul, Hugo Leblanc-Dufour et Remy Couture, gestionnaires de l’Auberge des Balcons contribuent à donner un élan de jeunesse à un vieux couvent.

Situé au centre-ville de Baie-Saint-Paul, le complexe religieux des Petites Franciscaines de Marie était autrefois occupé par une grande délégation de sœurs. Aujourd’hui le nombre décroissant de religieuses du vaste couvent provoque la réflexion. Le désir d’assurer un avenir à cette propriété emblématique de la région de Charlevoix a forcé les Petites Franciscaines à imaginer une nouvelle vocation des lieux. C’est pourquoi en 2017, la ville de Baie-Saint-Paul a réagi en conséquence en faisant l’acquisition du complexe. Le projet de conservation et de revitalisation des lieux a été confié à l’organisme à but non lucratif (OBNL) Maison Mère, qui coordonne depuis les différentes opérations du complexe conventuel. L’Auberge des Balcons, occupant l’aile autrefois occupée par l’infirmerie, fait partie du projet depuis le tout début.

L’équipe de l’Auberge des Balcons. Remy Couture (à gauche de l’enseigne) et Hugo Leblanc-Dufour (à l’extrémité en bas à droite) ont reçu, avec leurs collègues, leur attestation au mois d’avril 2018. (Source : Facebook @Auberge des Balcons)

Selon Hugo Leblanc-Dufour, impliqué dans le projet d’auberge jeunesse depuis janvier 2017, la conversion d’un complexe religieux en installations capables d’héberger des visiteurs comporte son lot de défis. En plus de devoir créer un système de gestion efficace et adapté aux nombreuses plateformes de réservation en ligne, le jeune gestionnaire estime qu’un des principaux défis  était de savoir quoi faire avec la quantité importante de signes religieux.

Selon lui, le travail nécessaire pour « garder l’esprit des lieux, tout en s’assurant que ce ne soit pas excessif et avoir un niveau de confort pour les visiteurs » a été longuement réfléchi au début du projet. Quoi retirer et quoi garder sans « dénaturer » l’aile du couvent de son caractère patrimonial était primordial, selon M. Leblanc-Dufour. « On a enlevé beaucoup de crucifix, il y en avait un presque en haut de chaque chambre, ainsi qu’une grande statue de Jésus ensanglanté sur sa croix dans la petite chapelle », affirme-t-il. Selon lui, il fallait trouver un juste milieu entre le vieux mobilier et le nouveau, entre le religieux au caractère patrimonial et celui trop oppressant.

Comme il est possible de le constater sur les lieux (voir la vidéo), la grande majorité des installations ont simplement été adaptées aux besoins de l’auberge. Lors d’une visite de l’auberge, Remy Couture explique que seules quelques « mises à jour » des espaces de vie communes ont été effectués afin de répondre aux standards modernes d’un établissement d’hébergement. Selon Hugo Leblanc-Dufour, l’organisation actuelle des deux étages de chambres permet aux visiteurs « d’apprécier le patrimoine religieux », de « vivre une expérience de couvent » tout en expérimentant la chaleur et le dynamisme typiques d’un environnement d’auberge jeunesse. L’expérience particulière de l’Auberge des Balcons avec ses petites chambres et ses longs couloirs sinueux fait entièrement partie de l’objectif du lieu d’hébergement.  Parmi les commentaires que l’auberge reçoit le plus souvent il est possible de retrouver l’accueil chaleureux, l’aspect historique unique du lieu et la possibilité de passer un séjour dans un ancien couvent, estime M. Leblanc-Dufour.

Un patrimoine religieux à risque?

Selon les données de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à l’UQAM, c’est environ 700 églises qui ont changé de vocations au Québec. Dans ce contexte, la conservation du patrimoine religieux devient un enjeu important pour plusieurs municipalités à travers le Québec.

Étienne Berthold est professeur agrégé au département de géographie de l’Université Laval. Ses recherches portent notamment sur l’héritage laissé par les communautés religieuses. Tout d’abord, il est important de bien comprendre la notion de patrimoine. Selon M. Berthold, ce concept englobe bien sur les bâtiments religieux comme les églises et les couvents, mais aussi l’action sociale des communautés religieuses et l’héritage qui en reste. Par exemple, l’implication dans les domaines de la santé et de l’éducation représente l’action sociale des communautés religieuses. Ainsi, le patrimoine religieux ne se retrouve pas seulement dans les édifices, mais aussi dans les pratiques qu’elles effectuaient en santé et en éducation qui sont encore présentes de nos jours.

Bien que le patrimoine religieux ne se résume pas seulement aux bâtiments, Étienne Berthold mentionne que la protection des édifices religieux présente plusieurs défis et risques pour ceux qui effectuent la conversion. Il explique: « Il est important que les architectes travaillent avec les gens en études patrimoniales. Il faut que les collectivités s’abreuvent des approches qu’on préconise, sinon c’est clair que c’est dangereux. Il faut que la transformation du bâtiment continue de traduire l’action de la communauté religieuse ». C’est de cette façon que les gens qui viendront visiter les lieux après la rénovation pourront comprendre l’histoire de l’édifice, selon M. Berthold. 

La protection du patrimoine bâti représente un enjeu important pour le gouvernement québécois.Les différents paliers de gouvernement ont tenté de mettre en place des lois pour assurer la protection du patrimoine. La première loi pour assurer la conservation des bâtiments qui ont un intérêt national remonte en 1922. Depuis cette époque, de nouvelles législations ont été adoptées pour répondre aux besoins de notre époque. Un des changements importants fut de donner plus de pouvoir aux municipalités qui ont un rôle majeur dans la protection des bâtiments religieux.

Pour conserver le patrimoine religieux, il incombe aux promoteurs et aux propriétaires de couvents et d’églises de prendre leurs responsabilités. C’est ce qu’explique Étienne Berthold :« Il y a des promoteurs immobiliers qui travaillent mal. Il y en a d’autres qui travaillent très bien et qui cherchent à comprendre l’esprit des lieux en plus de créer de l’acceptabilité sociale autour de leur projet».

Finalement, le professeur de l’Université Laval aborde le fait que la conservation du patrimoine religieux passe avant tout par un effort collectif. Selon lui, il faut que les gouvernements continuent à jouer un rôle de leader. Il ajoute : « Il faut que les universitaires sortent de leur caverne et travaillent avec les gens et avec les religieux. Il est important qu’on connaisse les préoccupations des religieux dans ce processus».