La salle à 360° est tapissée de visuels comme celui-ci. Un moyen de faire vivre une expérience visiteur immersive. (Crédit photo : Pierre-Marie Nicolas)

Après Bruxelles, Paris et deux passages aux États-Unis, l’exposition Pompéi Cité Immortelle fait un arrêt de presque un an à Québec. Relatant l’évènement tragique de l’an 79, l’exposition propose de faire renaître la cité italienne. 

L’événement Pompéi a à peine débuté qu’une foule se presse dans les salles d’expositions. Le Vésuve, volcan continental est l’un des plus dangereux au monde en raison de sa proximité avec la ville de Naples au sud de l’Italie. L’an 79 a marqué les esprits puisque l’éruption de ce volcan a totalement anéanti la ville de Pompéi et ses habitants. 

Cette fascination, comme l’explique Thierry Petit, professeur au département des Sciences historiques, vient du fait que Pompéi soit un cas exceptionnel. « C’est une ville où la vie a été arrêtée dans son fonctionnement. Elle est comme figée dans le temps. L’intérêt vient aussi du fait que l’humain, ici les visiteurs ont le “goût du morbide ». Encore aujourd’hui, les fouilles archéologiques permettent de découvrir des corps recouverts de cendres ou laves.

Des dagues et des hameçons de pêche offrent aux spectateurs une perception du fonctionnement de la chasse et de la pêche en l’an 79. (Crédit photo : Pierre-Marie Nicolas)

L’exposition met en avant plus de 100 artefacts qui illustrent la civilisation de cette époque. Au travers notamment de vestiges échangés par le Musée archéologique national de Naples, ou encore le Musée Galileo de Florence. La cité de Pompéi est une ville complète où les vestiges qu’elle offre le sont également. Ainsi la cité « possède des murailles, des théâtres, des amphithéâtres, des lieux de cultes, des habitations, des institutions politiques » confirme le professeur spécialiste en archéologie grecque et romaine. Ce qui fait le caractère unique de Pompéi est le fait qu’elle ait été stoppée dans son développement, ajoute le professeur Thierry Petit. Tous les édifices et habitants se sont retrouvés piégés dans la lave. 

Une exposition réfléchie pour Québec 

Marie Christine Bédard, chargée d’exposition, se félicite de pouvoir dévoiler cette rétrospective qui est le fruit de deux ans de négociation et de trois mois d’installation. Créée à l’origine par une entreprise belge (Tempora), l’exposition itinérante est le reflet d’une collaboration, explique-t-elle « Cette exposition a voyagé un peu partout, à Bruxelles, mais aussi à Paris et dans deux villes chez nos voisins étasuniens. » À Québec, l’exposition a été adaptée par la chargée d’exposition et son équipe. 

Le Musée de la civilisation de Québec offre aux visiteurs une approche différente de celle proposée dans d’autres musées :  « Nous voulions offrir une exposition complète, pour que le visiteur sente ce qu’il s’est passé là-bas. Nous avons réussi à faire une exposition immersive et honnête », explique Madame Bédard. Ainsi « Pompéi, Cité Immortelle » s’étend sur une surface de 800 m². Le visiteur peut y découvrir des objets du quotidien de l’époque, mais aussi des fresques, des bijoux, des sculptures, des amphores, des moulages de corps pétrifiés qui conduisent la visite. Il y a également une zone immersive avec une projection vidéo à 360° qui montre la cité avant qu’elle ne soit frappée par l’éruption du volcan.

Marie Christine Bédard se réjouit d’avoir pu reproduire sur mesure un moulage d’une des dépouilles dégagées par les archéologue pour augmenter l’impression de réalisme de l’exposition. Au total un homme, une femme, un enfant et un porcelet sont exposés dans la salle. La reproduction sous forme de moulage permet d’en apprendre aussi toujours plus sur le fonctionnement de cette cité et sur ses habitants. Pour Thierry Petit « Ce genre de découverte permet de comprendre plus amplement la manière de vivre de l’époque tout en gardant l’objectif historique ». 

La reproduction d’un moulage d’une victime de l’éruption au premier plan. Les bras vers le ciel, la victime se protège des retombés de laves. (Crédit photo : Pierre-Marie Nicolas)

En plus de l’aspect historique, l’exposition possède un aspect moderne et novateur selon la chargée d’exposition. Tactile et intuitive, la table permet aux visiteurs d’interagir avec des objets, et approfondir certaines informations. C’est une envie de la part de la directrice de l’exposition qui souhaite faire des expositions sans exiger des visiteurs des connaissances sur le sujet. Pour Marie Christine Bédard « ce serait un échec de demander des connaissances pour assister à une exposition ». Le fait de vulgariser le savoir rend cette exposition accessible autant pour les passionnés de cette ancienne civilisation, comme pour les visiteurs plus novices. 

Au cours de l’exposition, le visiteur peut découvrir les fouilles et leur déroulement. Le professeur à l’université Laval estime que « les deux tiers de la ville ont été fouillés et on en découvre encore beaucoup ». Les premières fouilles datent de 1748. « On est presque sur 3 siècles de fouilles et il y a encore des découvertes », ajoute-t-il avec enthousiasme. Récemment, des archéologues ont découvert une « chambre d’esclaves ».  

Un accueil retentissant 

Les visiteurs ont offert un accueil retentissant à cette exposition. L’intérêt pour les grandes civilisations ne faiblit pas avec les années selon Thierry Petit. Margaux Defendini, étudiante à l’Université Laval est venue dès l’ouverture pour profiter de cette expérience immersive.

« J’ai beaucoup aimé le fait qu’il y ait une projection à 360°, comme ça j’ai pu me sentir comme sur les lieux » raconte Margaux defendini

Pour elle, les décors avec notamment les photos de ruines actuelles accentuent la sensation d’être sur les lieux. Comme la présence d’audioguides qui racontent au travers d’une trame narrative fictive l’histoire de cinq personnages. Le visiteur va à la rencontre de Rectina, qui s’occupe dans cette fiction, cultive des champs d’oliviers. Le visiteur peut également rencontrer Diphile, esclave et architecte, qui construit des thermes publics. Cette manière romancée de raconter le quotidien de Pompéi, « augmente l’aspect civilisationnel, le fait que ce ne soit pas centré uniquement sur l’éruption. Personnellement j’ai beaucoup aimé », ajoute la visiteuse.