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Les micros-maisons ont-elles leur place dans le paysage urbain québécois?

6 mars 2019 - 12:05

Les micro-maisons sont pour tous, autant les jeunes familles que les retraités. Crédits photo: Charles-Antoine Sirois.


Charles-Antoine Sirois, Louis-Philippe Samson

Le marché des micros et mini-maisons prend de plus en plus d’espace au Québec. Plusieurs affirment que les micros-maisons ont leurs avantages écologiques et une place dans le marché immobilier du Québec et ses régions, malgré le climat parfois extrême et l’aménagement urbain. En effet, lors de l’Expo habitat de Québec, du 20 au 24 février au centre de foire, regroupait plus de 300 exposants et, parmi ceux-ci, Minimaliste, concepteur et fabricant de micro-maisons sur roues.  Mais est-ce vraiment le cas?

Selon Jean-Philippe Marquis, cofondateur et contremaître chez Minimaliste, la conception de micro-maisons, des habitations de moins de 450 pieds carrés, présente plusieurs avantages environnementaux. « Au-delà des avantages d’économie en coûts d’énergie, la réduction de l’empreinte écologique est grandement réduite et la pollution de fabrication est négligeable étant donné que tout est fabriqué en usine », avance M. Marquis.

Plusieurs systèmes d’alimentation en électricité sont offerts, tels que l’installation de panneaux solaires, au propane ou encore hybrides. Dans un cas concret, pour une micro-maison moyenne avec deux occupants, on va accumuler une facture d’électricité aux environs de 40$ par mois. La conception de la micro-maison se fait sur mesure dépendant des désirs et des accommodations nécessaires des clients. « C’est la maison qui s’adapte au client et non le client qui s’adapte à la maison », affirme M. Marquis.

Le cofondateur Jean-Philippe Marquis présente, dans l’extrait suivant, les principaux avantages d’habiter une micro-maison.

Martin Saindon, président du Mouvement québécois des mini-maisons (MQMM), explique que les mini-maisons, les habitations d’une superficie de 451 à environ 1 000 pieds carrés, sont nées en réponse à la crise économique aux États-Unis de 2008. Depuis, le phénomène a gagné en popularité pour atteindre le Canada et le Québec. « Le public cible des mini-maisons est très varié. Ce sont autant des jeunes, des couples sans enfants ou des retraités qui décident d’adopter un mode de vie plus simple ou qui cherchent une plus grande liberté qui vont s’intéresser aux mini-maisons », expose M. Saindon.

Des balises floues

Bien que le prix de ce type d’habitation peut être très alléchant lors de l’achat, tout comme pour les taxes municipales ou pour les frais d’électricité qui sont moins onéreux que pour une maison traditionnelle, la configuration et la superficie de ces maisons rendent plus difficile l’obtention d’un prêt auprès d’une institution financière, qui pourrait les considérer comme une roulotte dans le cas d’une micro-maison sur roue.

Les aires ouvertes sont exploitées dans les micros et mini-maisons.
Crédit photo : Courtoisie Minimaliste

Par ailleurs, M. Saindon et son organisme ont comme objectif d’informer les acheteurs potentiels et les promoteurs immobiliers sur les tenants et aboutissants de la construction ou de l’achat de ces maisons. Cependant, Martin Saindon entretient une crainte concernant la qualité de construction de certaines mini-maisons. « Les normes sont beaucoup plus rigoureuses qu’à l’époque des maisons mobiles. À l’époque, la réglementation était moins exigeante et on s’est retrouvé avec des maisons mal isolées qui ont très mal vieilli. Nous, au MQMM, on aimerait que le code du bâtiment soit adapté pour les minis et micro-maisons. Encore aujourd’hui, des petites maisons neuves sont vendues à un prix plancher, mais elles ne sont pas construites adéquatement. Ces maisons devront être rénovées 10 à 15 ans plus tard peut-être. C’est une situation que nous cherchons à éviter avec les mini-maisons », défend Martin Saindon.

La revente de ce genre d’habitation pourrait aussi poser quelques problèmes, selon Martin Saindon, alors que la clientèle intéressée à ce genre de maison serait plus limitée que celle des habitations d’une taille plus traditionnelle.

Une intégration parfois laborieuse

L’intégration urbaine de ces bâtiments pourrait aussi poser problème. La plupart des municipalités ont conçu leur programme particulier d’urbanisme (PPU) sans tenir compte des minis et micro-maisons. Ainsi, de nouveaux propriétaires se retrouvent parfois à devoir négocier avec la Ville pour pouvoir s’installer sur un terrain.

M. Saindon, qui était auparavant maire de la municipalité de Dixville en Estrie, avait démarré un projet pour la création d’un quartier réservé à ces petites habitations. Ce quartier est dorénavant en construction et plusieurs autres municipalités du Québec ont aussi développé leur propre projet. Des villes comme Sherbrooke, Pont-Rouge et Lévis ont réalisé des projets du genre ou en sont à leur conception.

La nomenclature serait aussi à préciser. En ce moment, une micro-maison possèderait une superficie inférieure à 450 pieds carrés, une mini-maison serait entre 451 et 1 000 pieds carrés. Cependant, pour certains constructeurs, au-delà de 750 pieds carrés, ce n’est plus considéré comme une mini-maison, mais plutôt comme une petite maison. Pour Martin Saindon et le MQMM, il faudrait que des balises officielles soient adoptées officiellement et une fois pour toutes.

Dans le climat québécois

Selon Jean-Philippe Marquis, les conditions hivernales difficiles ne semblent pas être un obstacle pour le développement du marché des micros-maisons. « Nos maisons sur roues sont des maisons super performantes en qualité de bâtiment semblable pour les modèles de micro-maisons fixes. Notre structure est complètement isolée, et on retrouve même des options de planchers chauffants », affirme-t-il. Bref, on retrouve un produit haut de gamme et qui vise la réduction de l’empreinte écologique de même.

L’utilisation de l’espace est organisée d’une façon optimale dans une habitation de petite superficie.
Crédit photo : Courtoisie Minimaliste

Selon Carol Sirois, architecte retraité, l’utilisation d’une micro-maison comme habitat principal pour une famille normale peut s’avérer problématique. « En général, dans la conception d’une maison canadienne de taille moyenne, on retrouve une superficie de 2000 pieds carrés, soit 5 fois plus qu’une micro-maison. Considérant cette superficie, pour une famille de minimum 3 membres, il sera difficile d’accommoder les besoins essentiels de tous », analyse l’ex-architecte. Néanmoins, selon lui, la température hivernale n’est pas un grand obstacle pour le développement urbain et l’architecture des micro-maisons au Québec.

Un marché en évolution

Selon M. Marquis, les principaux obstacles que rencontre le groupe Minimaliste sur le marché immobilier au Québec se situent au niveau de l’urbanisation et les normes de la Régie du bâtiment du Québec. Aussi, depuis le début du mois de février, des institutions financières ont autorisé les prêts de financements considérant les micro-maisons comme une habitation et non un bien de luxe. « Le marché des micro-maisons ce n’est pas une mode, mais une philosophie différente dans la manière de se loger au Québec », ajoute Jean-Philippe Marquis.

La maison traditionnelle aura toujours lieu d’être selon l’équipe de Minimaliste. Cependant, pour les jeunes couples et jeunes familles qui ont moins de moyens financiers, il s’agirait une option plus avantageuse. De plus, avec l’arrivée du principe d’unité d’habitation alternative, où on peut retrouver plusieurs locataires sur un même terrain, rend possible la réduction les coûts et faciliterait l’accès au logement à plus de familles.

« Les maisons sont fabriqués avec des matières premières de première qualité. »
– Jean-Philippe Marquis, Minimaliste Crédit photo : Courtoisie Minimaliste