Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Intéresser le public à l’art : un défi pour les organismes artistiques de Québec

13 février 2019 - 12:24

Un aperçu de l'événement « l'Annuel » du 2 février dernier. La Coopérative de solidarité Notre-Dame de Jacques-Cartier (Nef) est un lieu de rassemblement pour divers événements communautaires, culturels et caritatifs. (Crédit photo: Marie Boulet-Côté)


Marie Boulet-Côté, Gabrielle Morissette

De concert avec les artistes, les organismes au coeur de la scène artistique de Québec se surpassent pour offrir au public des expériences uniques, car ils reconnaissent la valeur et l’importance de l’art dans la société. Ceux-ci déploient de nombreux efforts pour initier le grand public aux arts et pour l’inviter à changer sa vision du monde artistique.

La Nef de la rue Saint-Joseph accueillait dernièrement l’Annuel, un encan silencieux rassemblant une quarantaine d’artistes. Les convives ont été plongées dans une ambiance immersive exploitant les cinq sens.

Le festival d’arts multidisciplinaires, le Mois Multi, célébrait son 20e anniversaire non loin de là. Le Carrefour international de théâtre renouvelait au même moment la programmation de son festival de théâtre pour une énième édition. La Ville de Québec déborde d’initiatives créatives et rassemble les gens autour d’expériences artistiques diverses.

Se dévouer à l’art pour le faire vivre

Emmanuelle Gendron, artiste et pédagogue engagée, est directrice de l’Annuel et présidente de BABA, un organisme à but non lucratif qui vise à faire rayonner la scène culturelle de Québec. Côtoyant de près des artistes professionnels investis dans leur art, elle souligne qu’il est important que le public s’initie à l’art et se dégêne face aux opportunités qui lui sont offertes. « Je crois qu’une société en santé, c’est une société qui est sensibilisée, qui voit, qui comprend et qui a une ouverture d’esprit. Amener les gens vers l’art, c’est les amener à ouvrir leur esprit, à laisser tomber les tabous et les barrières, les impressions ou les idées préconçues », raconte-elle.

Selon Mme Gendron, l’idée que l’art ne soit réservé qu’à l’élite décourage le public à s’intéresser à la scène culturelle et artistique. Encore faut-il que les gens veuillent sortir. « C’est difficile de les mobiliser à l’extérieur de chez eux et de leur routine. Nos vies sont tellement surchargées! Il faut s’arranger pour qu’on gagne sur Netflix et sur le téléphone. Après avoir vécu une expérience comme ça, il faut qu’ils aient juste envie de recommencer parce que ça aura été tellement enrichissant. On veut qu’ils en veuillent plus », soutient-elle.

Perpétuel renouvellement

Pour Gaëtan Gosselin, directeur général de Recto-Verso, un organisme soutenant et promouvant la recherche, la création et la diffusion d’arts multidisciplinaires, et Mélanie Bédard, sa co-directrice générale,  l’art a sa place auprès du public puisqu’il évolue avec celui-ci. « Le secteur de l’art est encore l’un des rares secteurs où on réussit à préserver une certaine intégrité sur le plan philosophique, artistique, et même sur celui des valeurs. Les artistes partagent des valeurs qui sont assez d’avant-garde. Ça colle de plus en plus aux nouvelles valeurs de la nouvelle génération. Ça, ça vient irriguer le travail artistique », explique M. Gosselin.

L’objectif d’un événement comme le Mois Multi est de tisser des liens entre les artistes, leurs œuvres et le public qui les accueillent. « Le format du festival aide aussi. On a souvent des expériences qui sont une à une avec l’œuvre, puisque celle-ci est participative. Il y a quelque chose qui nous rapproche du public, qui est presque une famille. Il y a une proximité avec les artistes et c’est ce qui est plaisant », ajoute Mme Bédard.

L’art, générateur d’opportunités

Selon Audrey Pedneault, directrice du marketing et des communications pour le Carrefour international de théâtre, la présence et l’implication du public sont des éléments essentiels au bon fonctionnement et à la prospérité des organismes culturels et des artistes, « ne serait-ce que pour la survie du médium. S’il n’y a pas de public dans les salles, il n’y en aura plus, de spectacles. Puis, nous, ici, on a vraiment l’impression que l’art est quelque chose d’essentiel à la vie », mentionne-t-elle.

En plus de contribuer à la diversité culturelle de la ville et à la qualité de vie de ses citoyens, ces organismes sont essentiels à son activité économique. (Crédit: Gabrielle Morissette)

Outre les bienfaits qu’ont les arts sur la société, ces événements contribuent au maintien d’un écosystème artistique sain à Québec, selon Mme Pedneault. « Pour les artistes aussi, les événements c’est important. Ici, ça fait travailler près de 300 artistes et artisans par année. Ça aide à garder les artistes ici, à Québec, puisqu’ils vont souvent quitter vers Montréal pour avoir plus de choix pour leur carrière », explique Mme Pedneault. Encourager les arts à Québec permet donc de créer des opportunités pour les artistes, de partager des messages et des valeurs qui leur tiennent à cœur tout en faisant découvrir et réfléchir le public.

Mme Pedneault se réjouit de l’influence grandissante qu’ont les arts sur le public de Québec. « Il y a tout plein d’initiatives qui sont prises comme Où tu vas quand tu dors en marchant. On voit que l’art sort des salles. L’art va aller à la rencontre du public, et c’est là pour rester », conclut-elle.

Le Mois Multi 2019 et le Carrefour international de théâtre en images